Mardi 8 septembre 2 08 /09 /Sep 23:50
Les vacances estivales sont finies, et l’heure de la rentrée a sonné. Mais il n’y a pas que les écoliers qui sont concernés : le patrimoine lyonnais l’est également.

Certes nous n’avons pas été très loquaces et été, mais il faut dire qu’il ne s’est rien passé du côté des prisons depuis le mois de juin et la journée d’étude qui avait été organisée le 25 au fort Saint-Jean. Au contraire, c’est plutôt la nouvelle prison de Corbas qui a fait parler d’elle (défaillance de a fermeture des portes, suicide, dénonciation des conditions, voire même le regret des prisons de Perrache de la part de certains détenus…).
D’ici une semaine, le 15 septembre, les 6 mois de « sursis » accordés par le préfet toucheront à leur fin, et les idées de reconversions des prisons commenceront à être étudiés. Par la suite, si certaines sont déclarées valides, alors un appel à projets devrait être créé. En attendant, nous continuerons à faire entendre notre voix pour la préservation de ces bâtiments exceptionnels.

Nous n’avons pas réussi à pénétrer dans les prisons, car les accès nous ont été refusés. Cependant nous vous invitons >>> à visiter ce lien où vous pourrez voir des clichés pris à l’intérieur des bâtiments <<<

Enfin, si cela n’a pas encore été fait, n’oubliez pas de signer les deux pétitions pour la sauvegarde et la réhabilitation de Saint-Joseph et de Saint-Paul :

>>> Manifeste pour la sauvegarde des prisons de Perrache à Lyon <<<

>>> Un Avenir pour les bâtiments des Prisons de Perrache <<<
Par Oriane Rebillard
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Lundi 6 juillet 1 06 /07 /Juil 08:38

Le progrès a publié deux articles sur la journée du 25 juin organisée par le CAUE dont nous avons fait un résumé dans l'article suivant. Les voici :


Pour les prisons de Lyon, un avenir est possible qui concilierait patrimoine et modernité. A condition de laisser à l'écart de la réflexion polémiques et doctrines

 

 

On a beau ne rien ignorer de la misère financière dans laquelle se débat le ministère de la Justice, la décision - prise dans la précipitation - de mettre en vente le site des prisons Saint-Paul et Saint-Joseph, accompagnée d'une demande de permis de démolir, fut pour le moins malheureuse. Et même si, depuis, l'Etat semble revenu à de meilleures dispositions en lançant un appel à projets, c'est un bien mauvais signal qui a ainsi été adressé aux Lyonnais, au-delà des seuls défenseurs du patrimoine. Comme s'il était possible de rayer, d'un coup de bulldozer, plus de cent cinquante ans d'une histoire, lourde de symboles, inscrite dans celle d'un quartier lui-même en pleine mutation, sans se préoccuper plus avant de l'avis des habitants et des élus. On reste pantois face à une telle désinvolture.

Heureusement, il reste des hommes de bonne volonté. Ainsi le Conseil d'architecture, d'urbanisme et de l'environnement du Rhône (CAUE), la Commission nationale française pour l'Unesco et la section français de l'ONG vouée à la défense du patrimoine Icomos, ont organisé le 25 juin dernier un séminaire portant sur le devenir des prisons de Lyon. Il réunissait architectes et spécialistes du patrimoine, ayant notamment une expérience de reconversion de sites semblables. Car des précédents existent en France, comme à l'étranger (lire plus bas). Après tout, la prestigieuse Ecole nationale d'administration (ENA) ne s'est-elle pas installée à Strasbourg dans une ancienne prison pour femmes ?

 

Mais ce qu'il ressort surtout de cette journée, c'est d'abord la nécessité de laisser à la porte, avant même d'entamer la moindre réflexion, doctrines et postulats. Lieux de souffrances et de honte, les prisons de Lyon cachèrent aussi derrière leurs hauts murs nombre d'exécutions capitales. Au nom de ce passé, doit-on les condamner à mort à leur tour ou, au contraire, se rappeler qu'elles demeurent des témoins de l'histoire de la ville et des vestiges de ce que fut l'architecture carcérale au XIXe siècle ? Ne devrait-on pas -idée soutenue par la majorité des intervenants- chercher plutôt à leur trouver une nouvelle vocation (logements, bureaux, hôtel, etc.) quitte à procéder à des démolitions partielles pour y parvenir ? Soit tout un processus que résume à merveille le sénateur Yves Dauge, conseiller auprès de l'Unesco : « Mener à bien une telle affaire demandera des années. Mais pourquoi se presser ? Il faut d'abord dégager un projet, lui trouver une légitimité politique et économique, l'articuler ensuite avec le quartier. En aucun cas l'Etat ne peut se débarrasser du problème en fermant et en vendant. Il doit trouver un compromis avec la Ville pour que soit pris en compte les enjeux considérables de ce dossier. »

 

R.R



Des reconversions réussies, il en existe

 

A Boston (Etats-Unis), le virage de la reconversion a été bien négocié : une prison du XIXe siècle a été transformée, en partie, en hôtel de luxe et en centre hospitalier / AFP

A Boston (Etats-Unis), le virage de la reconversion a été bien négocié : une prison du XIXe siècle a été transformée, en partie, en hôtel de luxe et en centre hospitalier / AFP



Le séminaire sur le devenir des prisons, organisé par la CAUE, s'est tenu au sein de l'Ecole nationale de Trésor, laquelle a trouvé à se loger à Lyon dans l'ancien fort Saint-Jean, admirablement rénové et adapté pour cette nouvelle mission.
De même qu'à Nîmes, où l'Université a réussi à investir un édifice semblable, le fort Vauban, grâce au travail d'un architecte italien nommé Andréa Bruno. Lequel s'est taillée une réputation internationale en se spécialisant dans ce genre de chantiers qui nécessite, comme il l'a expliqué le 25 juin devant son auditoire lyonnais : « Que l'on ajoute, que l'on gomme, pour rendre fonctionnel ». C'est lui qui a notamment présenté la reconversion réussie de la vieille prison historique de Turin, bâtie au cœur du centre-ville sur le cours Victor-Emmanuel, en espace culturel.

A Boston, l'architecte Wolfgang Rudorf, également présent à ce séminaire lyonnais, a dirigé la reconversion d'une prison construite en 1851 (donc contemporaine des prisons lyonnaises). Les travaux qui ont exigé la démolition partielle du bâti historique ont permis la réalisation d'un vaste espace d'accueil desservant un hôtel de luxe et la construction d'un nouveau centre hospitalier.

Enfin, à Coulommiers (Seine-et-Marne), c'est une petite prison qui a été reconvertie en bibliothèque par l'architecte Béatrice Julien.

 

 




 

 

Par Oriane Rebillard
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Dimanche 5 juillet 7 05 /07 /Juil 09:42
Comme nous l'avions dit, voici le compte-rendu de la journée du 25 juin 2009 qui s'est tenue au fort Saint-Jean, avec comme thème "Quel evenir pour les prisons de Lyon Saint-Joseph et Saint-Paul ?"

____________________________________________________

 

L’introduction a commencé avec la présentation de Michèle Prats, vice-présidente d’ICOMOS France qui explique que ces prisons sont un lieu symbolique et stratégique. Elles ne sont pas protégées mais les deux ministères ont signés une charte pour respecter le patrimoine des prisons historiques, c’est donc une première reconnaissance de ce patrimoine. Madame Prats rappelle qu’il est nécessaire de s’inscrire dans une démarche alliant le respect du bâti et le développement durable, ceci afin de réintégrer le lieu dans la cité et de réhabiliter son image.

Elle conclut en reconnaissant qu’il est dommage que la visite n’ait pas eu lieu, car sans elle c’est un manque d’ancrage dans le réel.

 

Véronique Belle, chercheuse au service régional de l’Inventaire du Patrimoine Culturel fait ensuite une présentation historique et artistique des prisons. Cette intervention a permis à de nombreuses personnes d’origine non lyonnaise de mieux connaître ces deux prisons.

 

Après cette présentation, Maître Ianucci qui représentait les avocats du barreau de Lyon a pris la parole pour rappeler que ces prisons étaient également liéés à l’héritage de la ville. Il a évoqué l’arrestation de Caserio qui fut emprisonné à Lyon, les résistants qui furent également incarcérés et exécutés dans ces prisons par la milice, ainsi que Klaus Barbie qui a été pensionnaire à Saint-Joseph. Ces prisons sont donc un lieu important du point de vue de l’architecture, mais également de l’histoire et de la mémoire. Hugo Iannuci a insisté sur cette mémoire des lyonnais et des avocats qu’il faut préserver, et ne pas au contraire l’oublier en pratiquant la politique de la table rase.

 

L’intervention de monsieur Jean-Michel Leniaud consistait à problématiser la question patrimoniale en s’inscrivant dans une perspective historique. Il expliqua que le patrimoine matériel et immatériel étaient intimement liés. La conservation et la réhabilitation sont fortement unies.  La question de l’avenir des prisons a été évoquée plusieurs fois au Ministère de la Culture qui ne s’en est point ému, et selon Mr Leniaud si le problème n’est pas traité maintenant dans trois ans il sera trop tard. Son discours fut ensuite orienté vers l’Histoire de l’architecture en démontrant que l’histoire des prisons était joint à la Révolution française et au nouveau code pénal qui s’instaura après elle. L’architecture des prisons a évolué : elle a d’abord été une architecture parlante, notamment avec les projets et dessins de Ledoux, où les bâtiments parle représentaient  le pouvoir et instauraient une certaine crainte chez le passant. Baltard a cherché à rendre ces prisons « aimables », plus humaines.

La plus grande réflexion provient des États-Unis avec notamment les théories de Jérémie Bentham. Il y a trois méthodes :               - l'isolement total (Pittsburgh),

- un isolement la nuit et le travail le jour

- une vie en communauté (Philadelphie).

Jean-Michel Leniaud cita ensuite l’exemple de la prison de la petite Roquette en étoile (1826-1836), avec une chapelle au milieu, métaphore de l’œil de Dieu surveillant les prisonniers.

À Lyon, il y a le problème de l'au-delà de voûte : c'est une ville qui n'est pas vraiment dans la ville. Ces prisons représentent une utopie initiale qui a été dépassée au fil du temps : les enjeux d'une époque où l'on venait de supprimer la torture et la répartition des détenus par catégorie.

Il conclut en disant qu’il faudrait une étude anthropologique sur l'impact de prison sur le quartier et les commerçants. Selon lui il convient de s’interroger sur la prise en compte de la valeur mémorielle et affective du lieu. L’immatériel a tendance à disparaître plus vite, la mémoire étant plus volatile.

 

Patrice Beghain prit la parole pour rappeler que l’on tend à aller vers la situation suivante : on ne protégera que ce que l’on peut reconvertir, alors que le processus doit être l’inverse !

Des habitants du quartier firent remarquer qu’un travail sur la mémoire est possible avec ces deux prisons, et qu’il faut faire un travail où l’histoire et le rapport au quartier soit présenté.

Régis Neyret a cherché à nuancer ce propos en rappelant qu’il s’agit d’abord d’un problème matériel. Car le premier objectif doit être de sauver ces prisons d’une démolition.

 

La journée se poursuivit avec l’intervention d’Andréa Bruno, architecte.

Il commença son discours par une phrase très intéressante : la matière est le support de la mémoire en architecture. Il se demanda ensuite jusqu’à quel point il est bien de garder la mémoire des choses « horribles ». Il finira par dire qu’il faut sauvegarder la mémoire, même négative. En prenant l’exemple de la Bastille il démontre que le monument sur la place, la fameuse colonne, n’est pas là pour la mémoire de la prison, mais plus pour commémorer le plaisir de sa destruction. Il présenta ensuite la restauration qu’il a faîte du fort Vauban à Nîmes en expliquant que restaurer c’est changer la qualité de la vie. Il était important de garder un caractère de réversibilité, ce qui selon lui est paradoxal. En effet l’architecture est faite pour être durable, mais si dans l’avenir il y a la volonté d’un retour en arrière, il faut laisser cette possibilité.

Il présenta ensuite différent projet de reconversion des prisons de Turin.

 

C’est ensuite Wolfgang Rudolf architecte également, qui présenta sa reconversion de la Charles Street Jail à Boston.

Pour lui l’objectif était de jouer un rôle utile et actif dans le paysage urbain actuel.

Il présenta ensuite l’historique  du centre de détention ainsi que les différents travaux qui y furent effectués. Il y a eu deux projets d'hôpital et d'hôtel. Une partie ne pouvait servir d'hôpital car les cellules étaient trop petites. Ils ont eu l’autorisation de rétrécir certaines ailes de la prison et de retourner à son plan cruciforme initial, c'est-à-dire dans des proportions plus réduites.

 

 

 

La deuxième partie de la journée commence avec Yves Dauge, sénateur d’Indre-et-Loire et président de l’Association des biens français du patrimoine mondial.

Selon lui les politiques urbaines ont basculé dans un scénario plus politique et relationnel. Il s’agit d’un exercice de planification qu’il faut traduire de manière concrète. Tout au long de son discours il n’a cessé de dire que l’Etat et la Ville devait travailler ensemble et prendre leurs responsabilités afin de pouvoir faire un travail de qualité. Car la première chose à avoir est un maître d’ouvrage, ou du moins à défaut un accord entre les collectivités et l’Etat.

Faire la politique de la table rase serait un recours à la facilité, sachant que ce projet est avant tout un projet politique. Il estime d’ailleurs que si l’on avait un réel accord politique, il ne serait peut-être pas nécessaire de classer les bâtiments. Il faut déboucher sur un cahier des charges très précis pour aller au concours, il faut des processus écrits pour déterminer les rôles.

Il terminera son intervention en disant que ces prisons sont une belle opportunité pour une ville et l’Etat de s’inscrire dans une démarche écrite et que la précipitation de la vente n’est pas acceptable, que l’Etat ne doit pas faire.

 

Patrice Beghain a réagit à cette intervention en faisant remarquer que la légitimation patrimoniale est un élément fort de la symbolique patrimoniale et qu’une protection est donc nécessaire.

 

Une autre personne a fait remarquer un fait plutôt scandaleux qui se serait déroulé dans une des précédente CRPS (commission régional du patrimoine et des sites). En effet durant cette CRPS dont une partie était consacrée aux prisons, le préfet n’aurait pas demandé l’avis des membres de droit, refuser d’engager le débat avec les autres membres de la CRPS, et interdit leur vote, ce qui est totalement contraire au sens même de cette commission…

 

Michèle Prats de prit ensuite la parole.

Elle explique que de tout temps, la ville s’est renouvelée sur elle-même et que c’est un organisme vivant. Mais actuellement il y a une nouvelle donne à prendre en compte : le développement durable. Le patrimoine existant est fait avec des matériaux naturels présentant des atouts : la durabilité et des matériaux que l’on peut transformer. À l'inverse les matériaux modernes ont un impact négatif sur l'environnement. Il conviendrait donc de faire une analyse du coût écologique du bâtiment, ainsi que d’avoir une vision plus globale de ce projet et de l’intégrer dans l’ensemble confluence avec un projet mixte et pluriel.

 

Alain Monferrand, président fondateur de l’association Vauban, présentera ensuite la réhabilitation du Fort de Bard dans le Val d’Aoste. C’est un édifice reconstruit en 1830 qui pouvait héberger 1500 hommes,  avec à ses pieds un bourg de type médiéval. En 1990 il fut annexé au patrimoine régional. Le chantier de reconversion et de restauration fut long et difficile ; il a demandé des efforts importants tant du point de vue financier que de l’effort humain avec un grand déploiement d’hommes. Aujourd'hui il héberge un parc thématique sur les Alpes, un centre d'interprétation du fort et de son histoire, un espace d'exposition temporaire, un espace de concerts en plein air, une bibliothèque, un hôtel, un bookshop...

 

L’architecte Béatrice Jullien présenta ensuite la reconversion qu’elle fit de la prison de Coulommiers. Au début des années 2000 la prison fut reconvertie en bibliothèque municipale avec environ 1000 m² utilisables. Son plan peut être mis en parallèle avec une architecture religieuse, d’où l’idée de la rédemption des prisonniers. La forme des cellules a été gardé des étagères pour les livres y ont été installées. Pour elle, une reconversion démarre avec la question du nouvel usage et du réemploi possible.

 

Jacques Pajot a ensuite présenté sa réhabilitation du 104 à Paris

Le 104 et un centre de création artistique voulue par la Ville de Paris, avec pour objectifs l’organisation d'ateliers avec des responsables de lieux culturels, des architectes et des artistes. Il y a une confrontation des volumes existants permanents. C’est une architecture ouverte et assimilable. Il y a un axe longitudinal et une travée de chaque côté, les espaces ne sont pas figés, nous sommes dans la modularité.

Pour lui, il faut s’adapter au bâtiment : « Quand on a fait l'effort de comprendre comment un bâtiment a été fait la mutation est très facile. Il faut prendre du temps, qu’il y ait une maturation. »

 

 

Conclusion :

Il faut prendre le temps de monter un vrai projet, et créer une réflexion sur les prisons et leurs abords. Six mois sont totalement insuffisants pour une réflexion urbanistique.

Il ne faut pas conserver un signe de l'histoire, mais s'adapter à cette histoire et transformer pour un nouvel usage. Toutes les personnes présentes, quelle que soit leur profession s’accordent sur ce point : la nécessité de prendre le temps ; car à aller trop vite, nous courrons à la catastrophe et à la bêtise. Il faut que l’Etat et les collectivités territoriales acceptent et intègrent leur rôle et qu’elles cessent de fuir en donnant des prétextes fallacieux.

Cette journée a permis de démontrer l’intérêt que les professionnels du patrimoine donnaient à ces bâtiments et des hommes politiques ont soutenu l’idée d’une réhabilitation.

 

Par Oriane Rebillard et Julien Defillon
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Dimanche 28 juin 7 28 /06 /Juin 10:13
Patrimoine Rhônalpin, lors de son Assemblée Générale du 14 Mars 2009 à Givors, a envoyé une lettre à la Ministre de la Culture pour lui demander le classement d'office aux Monuments Historiques des prisons Saint Paul et Saint Joseph, dont voici une copie :


Objet :

Demande protection d'office des prisons Saint-Joseph et Saint-Paul de Lyon

 

Madame la Ministre,


Deux prisons lyonnaises, Saint-Paul et Saint-Joseph, vont être libérées de leurs occupants en avril 2009 grâce à la construction d'un nouveau bâtiment pénitentiaire à Corbas.

Saint-Joseph a été construite en 1831 par Louis-Pierre Baltard, architecte du Palais de Justice de Lyon et père de Victor Baltard concepteur des Halles de Paris. Saint-Paul, sa voisine, a été achevée en 1857 par Antoine Louvier l'architecte qui a également construit l'Hôtel du Département du Rhône.

 

Saint-Paul est un des rares bâtiments pénitentiaires français construits sur le type « panoptique». Vos services et ceux de l'Inventaire général du patrimoine culturel de Rhône-Alpes ont réalisé d'excellentes monographies sur ces deux bâtiments, dont ils ont demandé l'inscription aux Monuments historiques lors de la réunion de la Commission régionale du patrimoine et des sites (CRPS) du 6 octobre 2008. (Copie jointe). Mais cette demande a été rejetée par le Préfet de Région, Monsieur Jacques Gérault.

 

Or, nous apprenons que le Ministère de la Justice a demandé, dès le début du mois dernier, un permis de démolir concernant ces deux bâtiments, avant toute réflexion et toute concertation. qui permettraient de réfléchir aux possibilités de réutilisation partielle ou totale des prisons Saint-Paul et Saint-Joseph. L'essentiel nous semble aujourd'hui, de surseoir la démolition de ces bâtiments de grande qualité patrimoniale afin d'engager une réflexion sur leur devenir.

Les administrateurs, les membres du comité de réflexion et les adhérents de Patrimoine Rhônalpin, réunis en assemblée générale ce jour le 14 mars 2009, vous sollicitent pour que vous demandiez une protection d'office de ces bâtiments, suivant ainsi l'exemple dans des cas analogues de vos prédécesseurs Michel Guy (inscription d'office de la Halle Tony Garnier, Lyon, 1975) et Jack Lang (inscription d'office du Château de Fléchères, Fareins, Ain, 1985), sur la demande de Patrimoine Rhônalpin.

 

Restant à votre disposition pour tout renseignement complémentaire, nous vous prions de croire, Madame la Ministre, à notre très haute considération

 

 

 

Régis NEYRET                                                                               Eddie GILLES-DI PIERNO

Président d'honneur fondateur                                                                                       Président

Commandeur des Arts et Lettres.




Cette lettre a également été envoyé à de nombreuses personnalités, dont le maire de Lyon, ainsi qu'à tous les parlementaires du Rhône. Certains ont par la suite écrit à la Ministre pour appuyer la position de Patrimoine Rhônalpin. Madame Albanel n'a pas répondu à l'association, mais en revanche elle avait obligation de répondre aux parlementaires.

Voici le texte de la réponse transmise par ces parlementaires à Patrimoine Rhônalpin : 

 


Vous avez bien voulu appeler mon attention sur les prisons Saint-Paul et Saint-Joseph à Lyon, menacées de démolition, et dont vous souhaitez la sauvegarde.
 
Le préfet de région a demandé à l'agence publique pour l'Immobilier de la Justice de retirer le permis de démolir qui avait été déposé et vient de faire lancer par les services de France-Domaine et de la direction départementale de l'équipement un appel à idées assorti d'un cahier des charges. Cet appel a pour objectif de recueillir avant le 15 septembre des propositions de conservation totale ou partielle et de réutilisation des deux édifices dans le cadre de l'aménagement urbain du quartier de la Confluence, qui seraient alternatives au projet de démolition. Les services de l'État statueront sur l'avenir de deux prisons au vu des résultats de cette consultation.
 
Je vous prie d'agréer [...]



                                                                                                                    Christine ALBANEL


Ce qu'il faut comprendre, c'est que le Ministère de la Culture ne se prononcera pas dans cette affaire, avant que soit connu les résultats de l'appel à idées dès le 15 septembre. Nous ne pouvons hélas que déplorer un tel manque de prise de position de la part d'un Ministère directement concerné par la sauvegarde de ce patrimoine en danger...
Par Oriane Rebillard et Julien Defillon
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Mercredi 24 juin 3 24 /06 /Juin 21:32

 

Lundi soir s’est déroulée une conférence aux archives municipales de Lyon, intitulée « Les prisons de Perrache à Lyon : Histoire, architecture et urbanisme », animée par Véronique Belle, chercheur à l’inventaire du patrimoine culturel de la région Rhône-Alpes.

 

Dans un premier temps a été fait un point sur la situation actuelle des prisons, avec l’appel à idées qui a été lancé, et qui prendra fin le 15 septembre 2009. Si à cette date, des idées réalisables sont proposées, un nouveau délai sera accordé dans le cadre d’un appel à projets.

Pour cela, il faut que les « idées » prennent en compte trois facteurs qui sont :

l’aspect patrimonial

l’aspect environnemental et urbanistique

l’aspect financier

Les prisons de Perrache sont situées à un lieu charnière et singulier, et le défi est de lier ces trois aspects.

 

Véronique Belle nous a rappelé l’histoire des prisons de Perrache, qui est également disponible ici pour la prison Saint-Joseph, et ici pour la prison Saint-Paul. De plus nous en avions déjà parlé dans l’un de nos premiers articles (cliquez ici).

 

Le débat qui a suivi a été très intéressant, et nous allons évoquer les idées majeures qui en sont ressorties :

 

Certains ont insisté une nouvelle fois sur le délai beaucoup trop court accordé pour l’appel à idées. Cependant, Denis Broliquier, maire du 2ème arrondissement a souligné  le fait que si des idées sont retenues, alors un nouveau délai aura lieu pour un appel à projets.


Le manque d’une prise de position claire par le Ministère de la Culture, ainsi que par la Mairie de Lyon a été déploré. Nous ne pouvons qu’insister sur cet argument, car il est incompréhensible que les responsables d’une ville classée à l’UNESCO puissent laisser son patrimoine expirer sous les bulldozers. L’impression  qui se dégage de cette affaire est que la mairie se contrefiche de cette histoire, et souhaite se décharger de ses responsabilités. Certains n’ont pas hésité à dire que Mr Collomb devait se montrer beaucoup plus ferme concernant le dossier.


Une personne a demandé si il y avait déjà eu des prisons reconverties en France, et une liste de villes ayant connu une telle reconversion a pu être faite : Autun, Coulommiers, Strasbourg, Avignon, Fontainebleau et Toulouse.


Les appels à idées ne peuvent être réalisés que par des organismes privés, car l’argent public ne peut pas être investi dans un tel projet.


Des idées de reconversions ont été données, comme un ensemble sportif, où les plus audacieux imaginent une piscine en sous-sol, mais aussi un centre culturel, avec une médiathèque par exemple. Plusieurs habitants du quartier ont par ailleurs déploré le manque de structures collectives dans le deuxième arrondissement, qui ne dispose d’aucune bibliothèque (entre autres…). Certains ont même évoqué l’idée d’y installer le Musée des Confluences. Face au projet démesuré du Musée qui s’enlise, dont le coût est déjà exorbitant alors qu’il n’est pas encore sorti de terre (mais le sera-t-il un jour ?), les prisons semblent être un bon compromis pour y installer cette institution.


Eugène Gachon, architecte, a quant à lui défendu l’idée de faire table rase, afin d’élever de hauts immeubles, et de gagner de la place au sol afin d’y installer des espaces verts. Mais plusieurs personnes se sont vivement opposées à ses propos, scandant qu’ils ne voulaient pas un nouveau « Part Dieu » à deux pas du centre historique, et qu’ils préféraient garder du « Vieux » plutôt que du « neuf » haut et étouffant.


Denis Eyraud a rappelé que l’emplacement des prisons était « coincé » entre l’autoroute et l’ensemble gare/échangeur de Perrache, et que ce n’était pas dans un tel lieu que l’on pouvait élever des bâtiments modernes. Le quartier dispose de peu de patrimoine, qu’il serait dommage de gâcher.


Paul Raveaud a émis l’hypothèse d’un partenariat entre le public et le privé pour financer une reconversion et a ajouté que « l’investissement créé de la valeur pour les générations futures ». Plutôt que de penser à demain, il propose de penser au surlendemain, et de concevoir des projets pour le long terme. De plus, un des atouts principaux est la présence de la gare et des transports en commun, qui permettraient un accès très facile. 


Il a été rappelé que Lyon était une ville où les reconversions de bâtiments sont fréquentes comme le grenier d’abondance, le fort Saint-Jean, la Halle Tony Garnier, ou encore l’actuel conservatoire de danse. 


Enfin, a été suggérée l’idée de sacrifier une prison au profit de l’autre. Mais le problème principal est de savoir laquelle.

 

 

Ce débat a été très constructif, et il a permis de faire le tour des propositions et des reproches qui reviennent le plus souvent concernant les prisons de Lyon. De nombreux habitants du quartier était présents, et ils ont prouvé qu’ils se sentent concernés par l’avenir de ces bâtiments. La plupart d’entre eux sont favorables à une conservation partielle ou totale, à condition que les murs tombent, et que des activités tournées vers les quartiers s’y installent.

Par Oriane Rebillard et Julien Defillon
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Pour nous écrire : sauvonslesprisonsdeperrache@yahoo.fr

Revue de presse


Articles paru dans le Progrès, le 3 juillet 2009

 


Pour les prisons de Lyon, un avenir est possible qui concilierait patrimoine et modernité. A condition de laisser à l'écart de la réfléxion polémiques et doctrines.

 

On a beau ne rien ignorer de la misère financière dans laquelle se débat le ministère de la Justice, la décision - prise dans la précipitation - de mettre en vente le site des prisons Saint-Paul et Saint-Joseph, accompagnée d'une demande de permis de démolir, fut pour le moins malheureuse. Et même si, depuis, l'Etat semble revenu à de meilleures dispositions en lançant un appel à projets, c'est un bien mauvais signal qui a ainsi été adressé aux Lyonnais, au-delà des seuls défenseurs du patrimoine. Comme s'il était possible de rayer, d'un coup de bulldozer, plus de cent cinquante ans d'une histoire, lourde de symboles, inscrite dans celle d'un quartier lui-même en pleine mutation, sans se préoccuper plus avant de l'avis des habitants et des élus. On reste pantois face à une telle désinvolture.

Heureusement, il reste des hommes de bonne volonté. Ainsi le Conseil d'architecture, d'urbanisme et de l'environnement du Rhône (CAUE), la Commission nationale française pour l'Unesco et la section français de l'ONG vouée à la défense du patrimoine Icomos, ont organisé le 25 juin dernier un séminaire portant sur le devenir des prisons de Lyon. Il réunissait architectes et spécialistes du patrimoine, ayant notamment une expérience de reconversion de sites semblables. Car des précédents existent en France, comme à l'étranger (lire plus bas). Après tout, la prestigieuse Ecole nationale d'administration (ENA) ne s'est-elle pas installée à Strasbourg dans une ancienne prison pour femmes ?

 

Mais ce qu'il ressort surtout de cette journée, c'est d'abord la nécessité de laisser à la porte, avant même d'entamer la moindre réflexion, doctrines et postulats. Lieux de souffrances et de honte, les prisons de Lyon cachèrent aussi derrière leurs hauts murs nombre d'exécutions capitales. Au nom de ce passé, doit-on les condamner à mort à leur tour ou, au contraire, se rappeler qu'elles demeurent des témoins de l'histoire de la ville et des vestiges de ce que fut l'architecture carcérale au XIXe siècle ? Ne devrait-on pas -idée soutenue par la majorité des intervenants- chercher plutôt à leur trouver une nouvelle vocation (logements, bureaux, hôtel, etc.) quitte à procéder à des démolitions partielles pour y parvenir ? Soit tout un processus que résume à merveille le sénateur Yves Dauge, conseiller auprès de l'Unesco : « Mener à bien une telle affaire demandera des années. Mais pourquoi se presser ? Il faut d'abord dégager un projet, lui trouver une légitimité politique et économique, l'articuler ensuite avec le quartier. En aucun cas l'Etat ne peut se débarrasser du problème en fermant et en vendant. Il doit trouver un compromis avec la Ville pour que soit pris en compte les enjeux considérables de ce dossier. »

 

R.R





Des reconversions réussies, il en existe

 

A Boston (Etats-Unis), le virage de la reconversion a été bien négocié : une prison du XIXe siècle a été transformée, en partie, en hôtel de luxe et en centre hospitalier / AFP

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

A Boston (Etats-Unis), le virage de la reconversion a été bien

négocié : une prison du XIXe siècle a été transformée, en partie,

en hôtel de luxe et en centre hospitalier / AFP



Le séminaire sur le devenir des prisons, organisé par la CAUE, s'est tenu au sein de l'Ecole nationale de Trésor, laquelle a trouvé à se loger à Lyon dans l'ancien fort Saint-Jean, admirablement rénové et adapté pour cette nouvelle mission.
De même qu'à Nîmes, où l'Université a réussi à investir un édifice semblable, le fort Vauban, grâce au travail d'un architecte italien nommé Andréa Bruno. Lequel s'est taillée une réputation internationale en se spécialisant dans ce genre de chantiers qui nécessite, comme il l'a expliqué le 25 juin devant son auditoire lyonnais : « Que l'on ajoute, que l'on gomme, pour rendre fonctionnel ». C'est lui qui a notamment présenté la reconversion réussie de la vieille prison historique de Turin, bâtie au cœur du centre-ville sur le cours Victor-Emmanuel, en espace culturel.

A Boston, l'architecte Wolfgang Rudorf, également présent à ce séminaire lyonnais, a dirigé la reconversion d'une prison construite en 1851 (donc contemporaine des prisons lyonnaises). Les travaux qui ont exigé la démolition partielle du bâti historique ont permis la réalisation d'un vaste espace d'accueil desservant un hôtel de luxe et la construction d'un nouveau centre hospitalier.

Enfin, à Coulommiers (Seine-et-Marne), c'est une petite prison qui a été reconvertie en bibliothèque par l'architecte Béatrice Julien.

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