Ces Lyonnais qui s'élèvent contre le projet de démolition des prisons |
Ces Lyonnais qui s'élèvent contre le projet de démolition des prisons |
Aujourd'hui nous vous proposons le projet de l'Agence d'Architecture SENAC & OMNIS Bâtiment. Un grand merci à Alexandre Jennan pour nous avoir fait parvenir ce travail qui a le grand mérite, tout comme le projet des habitants de Perrache, de conserver les bâtiments existants.
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Le Centre d’Evasion…
… un lieu de vie pour nous tous.
15 septembre 2009
Sommaire
Préambule : quelques scènes de vie
Génèse d’un programme
Détail d’un programme
Diagnostic patrimonial
Composition urbaine et architecturale
Développement durable
Evolutions nécessaires du PLU
Travaux – Eléments financiers
Remerciements
Le mot du groupe Financière Duval et CFA Rhône-Alpes Auvergne
Vue en 3D du projet (à la fin du texte !)
Annexes :
Planche 1 : Plan masse
Planche 2 : Plan du Rez-de-Chaussée
Planche 3 : Plan du Niveau 1
Planche 4 : Plan du Niveau 2
Planche 5 : Plan des sous-sols
Planche 6 : Axonométries
Planche 7 : Perspective sur les quais du Rhône
Planche 8 : Perspectives depuis le cours Charlemagne et sur le Passage Delandine
Planche 9 : Perspective depuis la place des Archives
Planche 10 : Axonométrie en représentation nocturne
Préambule : quelques scènes de vie…
« - Dis maman, on peut aller au Centre d’Evasion ? J’ai envie de jouer au ping-pong…
- Très bonne idée, j’y ferai quelques courses et passerai chez le coiffeur pendant que tu t’amuses.»
«- Pierre, tu viens avec moi ? Je vais faire ma gym au Centre d’Evasion…
- Papa… J’ai encore quelques douleurs de notre séance de musculation de lundi soir, mais je veux bien t’accompagner, j’ai un livre à rendre à la bibliothèque et après je jouerai aux jeux vidéo.»
« - Chéri, veux-tu bien aller chercher ma mère et notre fille au Centre d’Evasion ? Maman est à l’atelier de peinture et Marie joue dans l’espace Enfance ; au passage peux-tu me ramener du pain et quelques tomates fraîches ?
- D’accord, mais ne compte pas sur moi pour faire davantage de courses, car j’y vais en tram.»
« - Dis moi Sophie, un tel lieu n’existe pas encore, n’est-ce pas ?
- Hélas non, Alex, ce ne serait pas assez rentable ! Et puis où veux-tu mettre un complexe comme ça à part en banlieue ?
- J’ai entendu dire qu’il y a deux beaux terrains désormais libres du côté de Perrache…
- Hummm… Les prisons ? Pas si libres que ça ! Il me semble qu’il y a quelques pierres dessus !
- Tu es architecte, tu es lyonnaise, tu ne veux pas essayer de proposer quelque chose de différent ?
- Oui mais Alex comment veux tu rentabiliser un projet avec des terrains à ce prix là et toutes ces contraintes liées aux existants ?
- Il suffit d’avoir suffisamment de commerces pour équilibrer le budget. Ca tombe bien, il n’y a rien dans ce quartier !
- Bon, moi l’architecte et toi l’ingénieur structure… On le fait ensemble ?
- D’accord… Centre d’Evasion, ça te convient comme nom ?
- C’est assez osé… Mais je n’en vois pas de meilleur ! Et le peintre Chamizo, tu crois qu’il serait partant pour la déco ?
- Hummm… Sophie, il faudrait qu’il donne dans un style plus modéré…
- Ne t’inquiète pas, il fera d’abord une maquette…»
Genèse d’un programme
Le site des prisons St-Joseph et St-Paul est resté pendant près de deux siècles l’un des plus fermés et inaccessibles aux lyonnais. Pour les habitants du quartier, la proximité de ces centres de détention a toujours été source de préjudice social et immobilier. Seuls quelques commerçants ont pu tirer profit de la sphère de clientèle entourant les détenus.
Le site doit devenir un lieu de vie, ouvert à tous les lyonnais, en particulier aux habitants du quartier.
On ne doit pas réserver ce lieu à seulement quelques habitants en y aménageant des logements. Adeptes de l’effet de mode qui consiste à résider dans des locaux insolites, les heureux propriétaires ou locataires devraient en outre aimer le bruit de l’autoroute et du train.
On ne doit pas non plus réserver ce lieu à quelques étudiants de passage, composante mono-générationnelle dont la contribution au dynamisme et à la vie du quartier n’existe que quatre nuits par semaine.
On doit encore moins attribuer ce lieu à des touristes de passage en érigeant là quelque hôtel, solution qui maintiendrait durablement l’inaccessibilité du site aux habitants de la ville et du quartier.
Les complexes hôteliers, résidences étudiantes ou autres logements doivent être construits ailleurs, sur des terrains non inscrits dans la mémoire collective et sans valeur patrimoniale. Ces projets à caractère d’hébergement pourront probablement trouver sur la seconde tranche du chantier Lyon-Confluence des parcelles nues, plus adaptées, à charge foncière moins élevée.
Il faut également écarter toute idée de reconversion du site en bureaux d’une entreprise privée, en locaux administratifs ou en un quelconque « musée du livre », édifices très fermés sur eux-mêmes et qui par nature ne dynamisent pas un quartier. Même les universités ne peuvent à elles seules créer le dynamisme, comme le montrent les annexes de Lyon I et Lyon II dans le 7ème arrondissement de la ville.
Partant du triple objectif :
1) Rendre et ouvrir le site à tous et en particulier aux habitants du quartier,
2) Dynamiser un quartier qui se trouve à l’entrée de la zone Lyon-Confluence et qui, plus généralement, peut constituer une sorte de vitrine d’entrée de ville (depuis l’autoroute ou depuis la sortie sud de la gare),
3) Assurer la viabilité financière de la reconversion compte tenu d’une charge foncière élevée assortie d’un bâti existant contraignant,
Nous avons imaginé le Centre d’Evasion, un lieu de vie pour nous tous, pour toutes les générations et toutes les catégories sociales, un site comportant :
- des commerces, dont un certain nombre de commerces de bouche et de proximité, les halles du passage couvert Delandine, ainsi qu’un petit supermarché et un centre de gymnastique et remise en forme,
- un espace entièrement dédié aux loisirs des enfants et de la jeunesse, avec activités libres et/ou encadrées dans un volume sécurisé,
- des locaux associatifs, clubs divers, ateliers artistiques, activités culturelles, bibliothèque,
- et accessoirement les infrastructures nécessaires au bon fonctionnement d’un tel complexe (parkings, aire de livraison, réserves, locaux techniques).
Détail d’un programme
Le Centre d’Evasion s’adresse aux actifs, aux étudiants, aux retraités, aux enfants, aux séniors, aux habitants du quartier et d’ailleurs. On peut citer quelques exemples de contextes qui nous conduisent au Centre d’Evasion :
- On habite le quartier et on trouve là enfin une offre commerciale à la hauteur du nombre d’habitant, avec commerces de bouche, supermarché et large panoplie de boutiques.
- On habite ailleurs et on trouve là le moyen de faire ses courses et du shopping en toute tranquillité pendant que les enfants sont occupés dans l’espace enfance et jeunesse.
- On vient là faire quelques courses, du shopping ou boire un verre en terrasse après une séance de remise en forme.
- On y fait son bridge de 14h00 à 16h00 au deuxième étage, et comme chaque semaine on retrouve à 12h00 les membres du club dans un des restaurants du centre.
- On vient à l’atelier de peinture de 18h00 et on profite d’être sur place pour faire quelques courses en sortant.
- On est un enfant, on traine ici ses parents, ils feront du shopping pendant qu’on jouera au ping-pong ou aux jeux vidéos, etc.
Commerces et activités économiques :
La composante commerciale est la locomotive financière indispensable à l’équilibre économique du Centre d’Evasion. S’inscrivant dans une zone en déficit d’offre commerciale, elle subventionne en partie l’espace enfance et jeunesse.
Les commerces se répartissent comme suit :
- Sur la parcelle de St.-Joseph, un ensemble de boutiques pour le prêt-à-porter, les accessoires, la culture, la beauté, la santé et le bien-être, ainsi que quelques cafés et restaurants. Les boutiques s’organisent autour d’un mail de circulation rectangulaire autour du bâtiment central existant. On retrouve cette disposition au rez-de-chaussée comme à l’étage.
- Au rez-de-chaussée de la parcelle St.-Paul, une grande surface de 2000 m² environ à vocation principalement alimentaire, ainsi que deux boutiques de service (presse, poste, …). A l’étage, des boutiques et restaurants articulés le long d’un mail circulaire.
- Au rez-de-chaussée du passage Delandine, des commerces de bouche et de proximité organisés en halles couvertes, avec boucheries, primeurs, boulangerie, etc. Au deuxième étage, un centre de gymnastique et de remise en forme.
Espace Enfance et Jeunesse :
L’espace enfance et jeunesse du Centre d’Evasion ne s’apparente pas du tout aux classiques « enclos à enfants » qu’on trouve parfois dans certains centres commerciaux ou hypermarchés, relégués en fond de couloir, avec seulement quelques jeux de cubes et bandes dessinées dans une centaine de mètres carrés !!
Ici on trouve un beau volume réparti sur trois niveaux avec près de 2000 m2 réservés aux enfants et aux jeunes, de quoi susciter l’enthousiasme de ces derniers et vaincre la réticence des parents à confier leur progéniture. L’espace Enfance et Jeunesse occupe principalement la plus grande aile de l’ex-prison St.-Paul (bâtiment H) :
- au rez-de-chaussée, un lieu pour les plus jeunes (5-10 ans), avec jeux individuels et collectifs en tous genres, ainsi qu’un espace de jeu en plein-air,
- au 1er étage, un espace pour les 5-15 ans avec jeux vidéo, jeux de société, ateliers manuels et pratiques, …
- au deuxième étage, une bibliothèque-ludothèque.
Les enfants sont accueillis et encadrés. Chaque enfant reçoit en entrant un petit bracelet électronique lui permettant de trouver rapidement un partenaire ayant émis un souhait d’activité identique (exemple : un enfant arrive seul et veut jouer au ping-pong), puis aux parents de localiser l’enfant au moment du départ.
Locaux associatifs
Près de 2000 m2 situés au 2ème étage des bâtiments existants comportent par exemple :
- deux ailes de St.-Paul utilisées en bibliothèque, de part et d’autre de la bibliothèque-ludothèque des enfants,
- trois ailes de St-Paul réservées à des clubs associatifs (jeux de société, échecs, langues, modélisme, informatique, etc.),
- quatre ailes de St.-Joseph reconverties en ateliers artistiques (peinture, sculpture, …), dont une aile utilisée comme « murs d’expression » (les meilleures œuvres étant photographiées pour exposition).
Répartition des surfaces accessibles au public aux RdC, R+1, R+2
Parkings, livraisons, réserves
Le programme prévoit :
- Au sous-sol -1, des aires de livraison, des réserves pour les commerces ainsi que les contrôles d’accès au parking.
- Aux niveaux -2, -3 et -4, un parc de stationnement pour les visiteurs comptant environ 105 places par niveau. En fonction des résultats d’une future étude de marché, le nombre de niveaux de parkings peut être augmenté afin d’offrir plus de places de stationnement. Le parking du Centre d’Evasion peut être vu comme complémentaire de celui de la place des Archives et de celui de la gare de Perrache.
N.B. : Afin d’éviter toute nuisance pour le quartier et les riverains, les accès entrée-sortie aux parkings et aires de livraisons se font depuis le quai Perrache. De plus, par anticipation d’une évolution naturelle du transport intra-muros, nous avons prévu de limiter l’accès livraisons aux poids lourds de moins de 19 tonnes.
Diagnostic patrimonial
Les deux prisons St-Joseph et St-Paul sont des programmes rigoureux et ultra-fonctionnels ; leur construction au 19ème siècle était une réponse parfaite à une demande spécifique : l’emprisonnement. Aucun programme ne pourrait aujourd’hui s’accommoder parfaitement des murs existants, pas même un programme carcéral qui devrait obéir à diverses normes actuelles, notamment en matière d’accessibilité.
Cependant, l’exemplarité de ces constructions dans l’histoire de la pensée carcérale du 19ème siècle et surtout le caractère singulier de la juxtaposition des deux types de réponse (rectangulaire / panoptique) en un même lieu font de l’ensemble des deux prisons un patrimoine qu’on se doit de pérenniser et mettre en valeur.
Notre projet suppose un certain filtrage des constructions existantes (voir schéma de repérage ci-dessous) :
- Démolition de tous les ajouts, qui n’ont pas de valeur patrimoniale particulière.
- Démolition de tous les murs d’enceinte et chemins de ronde, pour des raisons évidentes d’ouverture.
- Pour une meilleure lisibilité depuis le cours Charlemagne et une meilleure ouverture, démolition sur St-Paul des deux bâtiments situés le long du Cours Suchet, qui étaient à l’origine des bâtiments réservés à l’administration et au personnel.
- Pour une lecture optimale du plan panoptique de St-Paul, démolition du bâtiment K à l’Est de l’aile principale ; ce bâtiment semble d’ailleurs avoir été ajouté en cours de conception et on trouve trace des hésitations de l’architecte Louvier quant à sa position définitive à l’Est ou à l’Ouest de l’aile majeure de St-Paul.
- Sur St-Joseph, démolition des éléments de liaison existant entre les différents bâtiments, notamment des coursives qui ont été tant controversées lors de la construction ; ces éléments servaient à abriter des intempéries les circulations entre les différents corps de bâtiment, ils n’ont plus d’utilité au sein de notre programme. On imagine toutefois pouvoir recréer leur fonctionnalité à travers les abris des circulations au 2ème étage.
- Sur St-Joseph, démolition et reconstruction en partie à l’identique du bâtiment F situé le long de la rue Delandine. D’une part ce bâtiment très étroit et à usage technique n’offre pas aujourd’hui la transparence voulue au RdC et R+1 pour la mise en communication des deux sites St-Joseph et St-Paul. D’autre part sa présence compromet la construction de parkings enterrés sous la rue Delandine. Cependant, ce bâtiment ayant une certaine importance dans la composition d’origine, on choisit de le reconstruire à l’identique dans la hauteur du 2ème étage, et beaucoup plus transparent (circulations verticales et horizontales) au RdC et 1er étage.
- Les extensions apportées par Louvier aux ailes C, E, G, I de St-Joseph sont conservées.
Par ailleurs, concernant le portique d’entrée de la prison St-Paul côté Cours Suchet, il se retrouve isolé et inutile une fois supprimé le mur d’enceinte. Etant d’une valeur patrimoniale indéniable, nous prévoyons de le démonter pierre par pierre et de le reconstruire à l’entrée des halles du passage Delandine côté Cours Suchet, dans l’axe de la voûte située à l’autre bout du passage.
Enfin, les deux sites comportent quelques éléments de patrimoine artistique récent réalisés par des détenus :
- fresques et tableaux réalisés sous la direction de Didier Chamizo, sur les murs du tunnel souterrain reliant les deux prisons,
- panneaux de céramique réalisés sous la direction de Winfried Veit sur les façades de la cour d’honneur et de la chapelle de St-Joseph.
Nous prévoyons que le meilleur de ces œuvres soit récupéré, restauré et mis en valeur dans notre projet par exposition dans des lieux réservés à la circulation des visiteurs, notamment au 2ème étage des deux bâtiments chapelles et hall d’entrée du quai Perrache.
Composition urbaine et architecturale
Le site :
Nous sommes en présence d’un site très singulier. Un atout essentiel est sa localisation remarquable entre Rhône et Saône, à l’entrée d’un quartier en devenir (Lyon Confluence). Il est qui plus est parfaitement desservi en transports (train, tramway, autobus, métro) et axes de communication (autoroute A6/A7). Les éléments négatifs sont l’environnement bruyant et pollué lié à la proximité de l’autoroute, ainsi que la localisation contre la barrière du Centre d’Echange de Lyon Perrache, qui empêche une bonne communication avec la partie Nord de la presqu’île. Le quartier à beaucoup souffert et a perdu son dynamisme commercial du fait de l’apparition récente du Centre d’Echange de Lyon Perrache, en voyant notamment se fermer de nombreuses voûtes qui maintenaient jadis la liaison avec la place Carnot et le reste de la ville.
Intégration dans le site :
Aujourd’hui, dans l’attente d’un traitement radical de la barrière « Centre d’Echange », le site des prisons St-Joseph et St-Paul doit être reconverti en un élément fort et expressif, lui permettant de composer avec ses handicaps qui sont estompés en tenant compte de différents paramètres :
- Le Centre d’Evasion se trouve sur le chemin d’un axe commercial partant de la rue Victor Hugo, passant par la place Carnot et se prolongeant jusqu’au futur Pôle de Loisirs et Commerces (PLC) à l’extrémité de la zone Confluence. La création d’un espace commercial intermédiaire sur le site des prisons de Perrache a comme double intérêt :
- de générer une émulation et une complémentarité avec le centre commercial « PLC », en répondant mieux aux besoins du quartier et en affichant une composante plus familiale, plus intime ;
- de créer un contrepoids commercial crédible de ce côté-ci des voûtes, et offrir aux lyonnais une raison pertinente de franchir la barrière du centre d’échange.
- Le site constitue l’une des premières images que la ville de Lyon donne à voir à des millions d’automobilistes sur l’autoroute ainsi qu’à de très nombreux voyageurs depuis la gare ferroviaire, ou sortant des transports en commun (métro, tram, bus). Il en découle un traitement particulièrement soigné de la vue depuis le Rhône et de celle depuis la place des Archives.
- Le site prolonge, en allant vers le Rhône, la nouvelle place des archives, qui commence à marquer le cours Charlemagne comme une entrée importante du site Confluence : on soigne donc particulièrement les accès au site depuis la place des Archives, on prolonge le parement mi-minéral/mi-végétal de cette place par un traitement similaire autour du plan panoptique de St-Paul. En attendant une meilleur perméabilité du quartier, on accompagne le chemin qui mène jusqu’au Rhône par un traitement coloré des voûtes : couleurs du Centre d’Evasion et/ou expression artistique confiées au peintre Chamizo.
Le passage Delandine :
Chacune des deux prisons tire le plus fort de son intérêt patrimonial dans sa juxtaposition avec l’autre. A l’instar de ce qui a longtemps été souhaité par l’administration pénitencière, notre parti urbanistique est donc de réunir les deux îlots pour en faire un site unique, très identifiable, notamment au travers des 4 totems lumineux qui rappellent les anciennes tourelles de garde.
La rue Delandine qui sépare les deux îlots constitue une frontière psychologique importante entre les deux parcelles. C’est pourquoi nous faisons d’elle un espace totalement intégré au projet :
- Ainsi, la rue Delandine devient une rue piétonne. Comptant très peu de trafic actuellement, l’inaccessibilité de cette rue ne perturbe quasiment pas la circulation dans le quartier, un contournement restant possible par le cours Charlemagne puis par la rue Dugas-Montbel. Au passage, signalons que le quartier tire avantage à placer cette rue Dugas-Montbel en « zone 30 », pour renforcer la sensation de promenade possible entre la Saône et le Rhône, en passant par la place des Archives et le Centre d’Evasion.
- Devenue piétonne, nous faisons de la rue Delandine un passage couvert, le « Passage Delandine », animé de petits commerces de bouche comme on en trouve dans les halles. Pour les piétons, non seulement le passage est maintenu entre le cours Suchet et la rue Dugas-Montbel, mais aussi il devient beaucoup plus agréable et pratique.
- Le « bâtiment Delandine » est conçu tout en longueur, parallèle aux unités de St-Joseph dont il reprend la toiture à double pente.
Parti architectural :
Le parti retenu pour le réemploi et la mise en valeur des édifices conservés est d’ériger des constructions neuves entre les bâtiments existants dans la hauteur du RdC et du 1er étage là où les existants montent jusqu’au R+2. Extérieurement, on laisse ainsi émerger avec grande lisibilité le patrimoine massif et ancien depuis un socle bâti plus léger, vivant et moderne. Intérieurement, au RdC et 1er étage, on choisit d’intégrer les existants à un ensemble bâti au lieu de se confiner aux limites rectangulaires de bâtiments trop étroits. On crée donc un volume commun entre le neuf et l’ancien, à travers lequel ce dernier est visité. D’anciennes façades extérieures deviennent des parements intérieurs et sont mises en valeur.
Les constructions neuves viennent dialoguer différemment avec les anciennes en fonction du site considéré :
- Sur St-Joseph, qui dispose d’un plan masse rectangulaire et très symétrique, des volumes parallélépipédiques viennent s’insérer entre les ailes rectangulaires existantes, en respectant la symétrie du site.
- Sur St-Paul, une répartition dynamique et ludique de parallélépipèdes vient jouer autour des ailes du plan panoptique.
En plan masse, l’ensemble figure un des symboles de l’univers carcéral : une clé.
Extérieurs :
Concernant l’aménagement des espaces extérieurs, notre programme prévoit :
- la suppression des murs d’enceintes, de façon à améliorer la perméabilité du site ; on prend soin de reconstituer, à travers le front bâti en R+1 de notre projet, l’écran acoustique que ce mur d’enceinte formait vis-à-vis des rues résidentielles voisines ;
- la création d’espaces verts sur lesquels on assoit les constructions, en allant du plus vert en cœur de ville au plus minéral côté Rhône, aujourd’hui bordé par l’autoroute ;
- une façade plantée Quai Perrache, soulignant la composition classique et quasi-monumentale de l’édifice conservé, et préparant le Centre d’Evasion pour un flux de visiteurs venant du côté Rhône lorsque l’autoroute sera déclassée en boulevard urbain.
Par ailleurs, pour ce qui est des façades :
- L’enduit des bâtiments existants de St-Joseph est refait en couleur claire ; les chaines d’angles et linteaux recoivent une lasure plus foncée) ; les pierres de la façade quai Perrache sont nettoyées ; les pierres des bâtiments de St-Paul sont nettoyées et au besoin reçoivent une lasure claire.
- Les constructions neuves sont faites d’acier et de verre. Les parallélépipèdes sont revêtus d’un parement de type « Emalit ».
- Les toitures existantes reçoivent des tuiles neuves et homogènes dans la couleur, les toitures terrasses sont végétalisées et ménagent des cheminements piétons.
Accès :
Les accès piétons se font :
- principalement par le Passage Delandine pour les habitants du quartier,
- par l’entrée située du côté de la place des Archives pour les personnes venues en transports en commun,
- directement par les ascenseurs et escaliers reliant le parking aux différents étages du centre pour les visiteurs venus en automobile.
Les accès entrée-sortie aux parkings et aires de livraisons se font depuis le quai Perrache, évitant ainsi toute nuisance pour le quartier et les riverains. De plus, par anticipation d’une évolution naturelle du transport intra-muros, nous avons prévu de limiter l’accès livraisons aux poids lourds de moins de 19 tonnes.
Quelques éléments d’espaces intérieurs :
- La cour d’honneur de St-Joseph et son bâtiment chapelle sont mis en valeur par de larges trémies dans les planchers neufs et surtout par une verrière donnant une lisibilité de la façade jusqu’au faitage.
- Les boutiques sont réparties dans les constructions neuves et dans la pierre des bâtiments existants. Les façades existantes permettent d’offrir des ambiances et vitrines plus intimes.
- Sous la coupole de St-Joseph et également sous celle de St-Paul, on aménage un escalier monumental circulaire. On dégage ainsi la vue sur coupole à tous les étages.
- Le traitement de la signalétique du centre ainsi que les peintures au sol des parkings sont confiées à Didier Chamizo.
Développement durable
Le projet de Centre d’Evasion s’inscrit dans une démarche de développement durable au travers des éléments suivants :
- En réemployant des bâtiments faits pour durer et en n’ayant pas besoin de protéger le projet contre un environnement bruyant, on réalise des économies de matières premières.
- En regroupant des fonctions dans un même centre, on limite les déplacements et les besoins en transport routier (livraisons).
- En reléguant au sous-sol les circulations propres aux livraisons et en limitant d’emblée l’accès aux poids lourds de 19 tonnes maximum, on protège le quartier de nouvelles nuisances.
- En prévoyant de grandes surfaces de terrasses végétalisées à rétention d’eau, ainsi que des bassins d’eau d’orage, on limite le besoin en eau supplémentaire pour l’arrosage des espaces verts et on contribue à la bonne régulation du réseau urbain d’évacuation.
- En utilisant des vitrages à haute performance (TL > 60% - FS # 40% - Uvit=1W/m²K), en prévoyant une ventilation asservie aux besoins effectifs (VMC hygroréglable, sonde CO2) et des équipements performants (éclairages, pompes, ventilateurs, ascenseurs, bureautique, chaudières….), on limite les besoins en énergie, donc le rejet en CO2.
- En fonction de l’impact architectural, on envisage la mise en place de panneaux solaires en couverture du passage Delandine, soit environ 1000 m².
Evolutions nécessaires du PLU
Actuellement situées en zone UB, les évolutions à prévoir pour les deux parcelles sont :
- Extension de la limite sur l’emprise au sol et dérogation aux règles d’implantation, ou plus simplement classement du Centre d’Evasion en équipement d’intérêt collectif.
- Déplafonnement de la surface commerciale (limite actuelle : 300 m²).
- Permission de l’Etat pour le changement de destination du bâti existant.
- Déréglementation du nombre de places de stationnement en fonction de la surface de commerces.
Travaux – Eléments financiers
Au coût des travaux explicité dans le tableau ci-dessus, il convient d’ajouter principalement le coût du foncier, les coûts de fonctionnement et de maintenance. Quant aux recettes, elles sont essentiellement liées aux loyers des commerces et au parc de stationnement.
Globalement, l’équilibre financier du projet semble assuré dans une fourchette compatible avec les objectifs de l’Etat, tout en créant sur le site environ 150 emplois.
Néanmoins, au stade de notre esquisse, certains éléments sont difficiles à apprécier :
- le coût du foncier relatif à la rue Delandine ;
- et surtout, en l’absence d’audit technique et réglementaire, d’analyse sur l’état des planchers existants, de diagnostic amiante & plomb, d’étude de sol… le coût des travaux est aujourd’hui évalué avec une marge d’erreur importante.
Une fois toutes les contraintes connues, le Centre d’Evasion devra peut-être compter 2000 à 3000 m² de commerces supplémentaires afin de garantir l’équilibre financier. Ces surfaces pourront le cas échéant être trouvées sans dénaturer le projet :
- en élargissant le socle RdC et les parallélépipèdes rapportés de St-Paul,
- en créant un plancher commercial au 1er étage du passage Delandine.
Remerciements
Nous tenons à remercier chaleureusement Bénédicte Chavatte pour l’impulsion qu’elle a su donner à notre projet dans les moments les plus difficiles de sa mise en forme et Yannick Lewi (groupe Cetis) pour son soutien sans faille et les moyens mis à notre disposition.
Un grand MERCI également à Didier et Laurence Chamizo pour leur accueil et leur engagement à nos côtés sur ce projet.
Le Groupe Financière Duval et CFA
► L’ensemblier immobilier
Le Groupe Financière Duval intervient dans le domaine de l’immobilier depuis plus de vingt ans à travers deux secteurs d’activités complémentaires :
Accompagné par un réseau de foncières (400 000 m² de surfaces commerciales, immobilier d’entreprise, résidences, parcs de stationnement et Partenariats Public-Privé) qui le positionne en investisseur long terme aux côtés des décideurs locaux et nationaux, le Groupe Financière Duval offre à ses clients publics et privés une compétence d’Ensemblier Immobilier.
Avec la volonté forte d’une proximité entre ses équipes et ses clients, le Groupe a développé un réseau de filiales régionales placées au cœur des enjeux locaux.
► Promotion - Construction
CFA (Compagnie Foncière des Alizés) développe, conçoit, construit et commercialise des ouvrages sur 4 grands marchés immobiliers :
Cette association de compétences permet également à CFA de piloter des projets urbains complexes comme les opérations mixtes de centre-ville.
Régionalisé
CFA a choisi un développement fondé sur l’implantation de filiales régionales pour être au plus près de ses clients et décideurs locaux. Neuf filiales maillent aujourd’hui le Territoire, dont CFA Rhône-Alpes Auvergne basée à Lyon.
Ensemblier
En synergie avec les autres entités du Groupe Financière Duval, CFA offre à ses clients une capacité d’ensemblier immobilier pouvant, dès l’amont des projets, intégrer toutes les actions des différents intervenants : concepteur, constructeur, investisseur (foncières d’accompagnement du Groupe), exploitant et gestionnaire.
Qualité et développement durable
CFA engage son expertise dans chaque projet et concilie innovation, architecture soignée, efficacité économique et qualité de service pour satisfaire ses clients investisseurs privés, institutionnels et publics. Ses projets traitent de façon dynamique et pragmatique la Haute Qualité Environnementale et, plus généralement, sont réalisés avec un fort engagement opérationnel en faveur du développement durable.
Les équipements sportifs et de loisirs
CFA Sport Engineering est la filiale de CFA dédiée au développement des équipements sportifs et de loisirs. Dirigée par David Douillet et Philippe Riboud, CFA Sport Engineering conçoit et développe des équipements sportifs aux espaces mutualisés, ouverts à tous, de véritables lieux de vie alliant sport, activités, loisirs et détente.
► Le Projet de Reconversion des Prisons St Paul et St Joseph - Lyon
Notre Groupe a fait part à l’Agence SENAC et OMNIS du grand intérêt qu’il portait au projet de reconversion en espace de commerces, de loisirs et de détente, qu’ils proposent pour les prisons St Paul et St Jospeh à Lyon. Ces lieux, de tout temps clos, à l’abri des regards des lyonnais, deviendraient ainsi à l’inverse un espace ouvert, convivial où les lyonnais se rencontrent, déambulent, bavardent, déjeunent ou se détendent….bref un véritable lieu de vie.
Ce projet viendrait en outre compléter l’offre commerciale et de restauration du quartier, et faire un trait d’union entre le centre Presqu’île et le Pôle de loisirs de Confluence.
Il s’agit là d’un réel intérêt pour cette îdée de reconversion qui ne pourra être analysée sur le plan technique et économique, qu’après une étude technique approfondie et notamment un audit de la structure des bâtiments, une étude géotechnique et des diagnostics amiante, plomb…, afin d’être à même d’évaluer les travaux à entreprendre.
Voici le projet que vient de m'envoyer Paul Ravaud en réponse à l'appel à idée pour la reconversion des prisons de Perrache. Il a été déposé hier, 15 septembre 2009 :
Demain,
« Cité Perrache »
Projet déposé par
des habitants de Perrache
En réponse à l’Appel à idées sur l’Avenir des prisons Saint-Paul et Saint-Joseph dans le quartier Perrache à Lyon
APPEL A IDEES
Avenir des prisons Saint-Paul et Saint-Joseph,
situées dans le quartier Perrache à Lyon
« CITE PERRACHE »
Réponse par des habitants de Perrache[1]
Riverains des bâtiments des anciennes prisons de Perrache, et plus largement habitants du quartier, nous sommes les premiers concernés par les choix qui seront opérés pour ce qui concerne l’avenir de ces bâtiments.
« Marqueurs » de notre quartier, leur démolition constituerait une atteinte majeure à l’identité perrachoise, reconnue par tous et notamment par les concepteurs du grand projet de Lyon–Confluence, comme à maints égards exceptionnelle.
De plus elle donnerait le champ libre à des projets dont rien ne garantit aujourd’hui qu’ils seraient respectueux de cette identité, de l’histoire des lieux et de la mémoire sociale, de la qualité de la vie urbaine locale.
Or, et cela fonde le projet que nous vous soumettons, les actuels bâtiments des anciennes prisons de Saint-Paul et Saint-Joseph sont insérés dans un tissu urbain particulier, et participent d’une forme urbaine qui présente des atouts considérables pour contribuer à construire la ville de demain.
Celle-ci, et nous le souhaitons tous, devra réinventer de réelles mixités d’usages, d’activités, de populations, en intégrant les exigences contemporaines d’un mode de vie respectueux de l’environnement à travers une offre de déplacements maitrisée, et un équilibre nouveau entre densité d’occupation et place offerte aux espaces ouverts et à la nature.
« Ville dans la ville », « Cité créative », tel est le projet que nous développerons après avoir rappelé l’importance et le sens des actuels bâtiments de Saint-Paul et Saint-Joseph, ainsi que l’intérêt de leur reconversion /réhabilitation pour la réussite même du grand projet de Lyon-Confluence
1 – Des bâtiments « marqueurs » de notre quartier dans une période d’extension de la ville de Lyon
Saint-Joseph : un des tout premiers bâtiments d’importance réalisé suite à la décision d’extension de la ville de Lyon au sud[2] sur des terrains où elle souhaite favoriser l’implantation d’établissements industriels et insalubres... Seront alors édifiés le gazomètre, l’abattoir, la prison Saint-Paul, l’arsenal, et ultérieurement des entrepôts, les grands moulins de Perrache…bâtiments, qui à la notable exception de ceux des prisons Saint Joseph et Saint-Paul, ont tous, à ce jour, été démolis.
Détruire ces bâtiments de la première moitié du XIXème siècle signifierait rayer de la carte (physique) de la ville, de la mémoire du quartier et au delà des lyonnais non seulement les anciennes prisons de Perrache, mais un témoin majeur d’une période d’extension de la ville, de conquête du sud, et de création d’un quartier entièrement nouveau, industrieux et populaire, qui matérialisait enfin, sous une forme certes différente, cette conquête des « marges » du confluent qui avait tant fait rêver architectes, responsables politiques y compris Napoléon 1er , même si dans un premier temps elle a eu pour objectif principal de reléguer au sud un ensemble de fonctions indispensables à la vie urbaine mais qu’il était hors de question de mettre en pleine ville
Les bâtiments de Saint-Joseph et Saint-Paul constituent un double « signal » : la façade monumentale et majestueuse de Saint-Joseph quai Perrache s’impose à ceux qui arrivent par le nord, tout comme le dôme de la chapelle St Paul attire le regard des voyageurs qui arrivent en gare de Perrache, dôme qui constitue pour les perrachois, notamment lorsqu’ils empruntent les escalators qui relient la passerelle de la gare SNCF de Perrache au Cours Charlemagne, comme un Beffroi
Importants et imposants, ces bâtiments sont insérés dans la vie de quartier. On pourrait penser que derrière les hauts murs qui masquent leur vie quotidienne, ces prisons vivaient hors de leur environnement, dans une sorte d’extra territorialité. Il n’en était rien. Les liens avec le quartier étaient nombreux : liens commerciaux (commerces locaux), notamment lors des visites aux prisonniers (2000 par semaine), présence d’un lieu d’accueil pour les familles des prisonniers (le San Marco), liens tissés avec les associations locales.
On peut aussi mentionner des initiatives qui ont eu pour objet de faire connaitre la réalité carcérale aux habitants, de tenter d’offrir aux personnes incarcérées une « ouverture » sur l’extérieur: par ex. réalisation de dessins par les enfants de l’école primaire à destination des détenus..
Les habitants de Perrache sont attachés à leur patrimoine : nous avons pu le constater lors d’une réunion d’information sur les prisons, organisée conjointement par la mairie du 2è art et le Conseil de Quartier de Perrache Confluent le 22 juin 2009 : 100 personnes environ ont assisté à cette conférence, suivie d’un débat où de très nombreux habitants sont intervenus en faveur d’une réhabilitation/reconversion.
Cette conférence, ainsi qu’une précédente organisée en janvier 2009 ont également permis de constater l’intérêt grandissant des habitants et au-delà des lyonnais pour leur histoire récente et notamment l’histoire (notamment urbanistique et architecturale) du XIXème siècle, dont les bâtiments des prisons de Lyon sont des éléments majeurs.
La quartier de « derrière les voutes »[3] est archétypal de cette période : outre les prisons, nous pourrions citer des bâtiments d’habitation (quai Perrache notamment), d’importants bâtiments liés à l’activité ferroviaire, (suite à la construction de la gare en 1855) ainsi que la halle qui aujourd’hui abrite un dépôt TCL après avoir été le lieu de construction de bateaux (voir entrée quai Rambaud). Juste au nord des « voutes », cet ensemble XIXème est complété par des établissements bien connus : Hôtel Terminus (devenu « Château Perrache »), Brasserie Georges.
On notera au passage que cet « ensemble XIXe » relie, notamment à travers la gare, elle même du milieu du XIXème, le nord et le sud de l’arrondissement. L’amputer des bâtiments des prisons reviendrait à occulter un moment important de l’extension de la ville de Lyon assez similaire, curieusement d’ailleurs, à l‘extension actuelle qui se réalise au sein de la vaste opération de « Lyon- Confluence »
Cette extension a en effet jeté les bases d’un quartier industrieux et populaire où s’est développée une sociabilité en rapport à ce type de quartier avec une forte vie associative, des réseaux de soutien et d’entraide, un réel « art de vivre »[4].
Eléments qui ont participé à la constitution de l’identité perrachoise, inscrits dans la mémoire collective, les bâtiments des anciennes prisons de Perrache sont par ailleurs des témoins (et des actants, au sens sociologique du terme) reconnus, y compris au niveau international des rapports entre architecture et enfermement[5]. Leur réalisation a donné lieu en effet à d’âpres débats sur la condition pénitentiaire et sur les formes à donner aux établissements[6]. La contribution de ces établissements à une « humanisation » de l’enfermement a été largement étudiée[7].
De plus la juxtaposition de deux types de prison, Saint-Joseph, construite selon un plan « en peigne »[8] et St Paul, construite selon un plan « panoptique »[9] constitue un cas unique en France ! De ce fait, ainsi que l’écrivent les auteurs de « LYON, le Confluent », la destruction des bâtiments « constituerait une perte importante pour le patrimoine historique et architectural de la ville de Lyon »[10]
Un premier motif qui nous conduit, nous habitants de Perrache à souhaiter que ces bâtiments des anciennes prisons de Perrache soient préservés, c’est la nécessité de maintenir vivante notre mémoire collective par le maintien de bâtiments :
- qui témoignent d’une période fort importante de la ville de Lyon, et sa volonté (sa nécessité) d’extension au début du XIXème siècle : extension réalisée (déjà !) en direction du confluent, donnant corps en cela aux rêves et multiples projets qui avaient été envisagés depuis le XVIIIème siècle
- qui témoignent d’une période de grande « agitation » et controverse autour de la question des formes et modalités de l’enfermement
- qui ont contribué à forger l’identité, la personnalité de ce « nouveau quartier ».
Détruire ces bâtiments reviendrait à tirer un trait sur un moment remarquable de l’urbanisme de notre ville,à reléguer la question, toujours actuelle, des modes d’enfermement et de rapport
entre architecture et politique pénitentiaire, et à amputer un quartier riche d’histoire sociale, industrielle et populaire d’une partie de ses racines.
2 – La réhabilitation /reconversion des bâtiments des anciennes prisons de Perrache : un atout pour la réussite de Lyon-Confluence
Le projet « Lyon-confluence », en cours de réalisation, a pour but explicite de prolonger le centre de Lyon en créant de toutes pièces un nouveau quartier pour lequel les exigences affichées sont fortes : mixité de fonctions et mixité sociale, qualité architecturale, éco-construction, priorité aux déplacements doux, réintroduction de la nature en ville (eau, espaces verts, parcs)….et articulation avec l’existant et en tout premier lieu la partie nord de Confluence où se trouvent précisément les bâtiments des anciennes prisons.
Cette articulation entre le moderne et l’ancien, entre un quartier « branché » et un quartier plus traditionnel est essentielle à la réussite même du projet de Lyon-Confluence et au bon fonctionnement ultérieur du sud de la Presqu’ile.
La « greffe » prendra d’autant mieux que l’histoire et l’identité de l’actuel quartier seront prises en compte et mises en valeur. Ce fut le cas avec la reconversion des bâtiments de l’ancien tri postal transformé en magnifiques locaux des archives de la ville[11]. Ce pourrait être, avec plus d’envergure, le cas avec la reconversion des bâtiments des anciennes prisons, dont on notera qu’ils bordent, tout comme le bâtiment des archives, la place des archives.
Quel ensemble ! Au nord, la gare de Perrache, dont il convient de noter que la sortie sud sera réaménagée, avec la suppression des escalators actuels, à l’ouest, le bâtiment des archives, à l’est, la construction imposante de St Paul, dévoilée par l’abattement des murs d’enceinte et mise en valeur par un environnement paysagé…qui conduit aux bâtiments de St Joseph, eux aussi révélés dans leur construction de belles pierres[12].
Dans l’imaginaire Perrachois et plus largement Lyonnais, ainsi que dans la constitution de l’identité perrachoise, les bâtiments St Paul et St Joseph ont une place toute particulière et jouent un rôle majeur.
Sur ce point il ne faut pas négliger un certain nombre d’événements dont les prisons ont été les témoins : incarcération et torture de résistants pendant la dernière guerre, fonctionnement de la guillotine cours Suchet, incarcération de Klaus Barbie, tortionnaire de Jean Moulin.
Même si notre propos n’est pas d’exiger le maintien de ces bâtiments pour une stricte raison mémorielle, on ne saurait pour autant oublier ce qu’ils portent comme autant de stigmates de notre dramatique histoire contemporaine
Tout comme on ne saurait oublier, et encore pire, détruire les fresques saisissantes réalisées à l’intérieur de St Joseph par des détenus sous la conduite d’un artiste céramiste, peintre, Winfrid Veit[13].
Si la ville se construit pour partie sur la ville, elle se construit aussi avec la ville, avec son histoire, son patrimoine. Que serait aujourd’hui Lyon si le quartier St Jean avait été, pour partie, démoli, si comme il en avait été question dans les années 70, les pentes (de la Croix Rousse) avaient été rasées ? Lyon serait il classé au « patrimoine mondial de l’humanité » ?
Qu’en sera-t-il demain du sud de la presqu’ile si, après les destructions des Grands moulins de Perrache, du gazomètre, de l’Arsenal, du marché gare…de la cité SNCF, on décide de détruire les bâtiments des anciennes prisons ?
Alors même que, réhabilités, ces bâtiments constitueront un formidable atout pour la Confluence et au-delà pour Lyon ?
Les exemples ne manquent pas de réhabilitations réussies et qui concourent à l’attractivité des lieux: à Lyon, avec la remarquable transformation du fort St Jean, désormais école du Trésor, celle de l’ancien tri postal, déjà cité, … ou de la sucrière (port Rambaud).
Ils ne manquent pas pour ce qui concerne les établissements pénitentiaires, que ce soit à Stockholm (prison transformée en Auberge de Jeunesse) à Boston (prison transformée en Hôtel), à Turin (création d’un centre culturel dans l’ancienne prison) ou tout simplement à Compiègne (prison transformée en bibliothèque),
Bâtiments austères ou réputés tels ils deviennent, de par leur réhabilitation et leurs nouveaux usages, des bâtiments attractifs, « branchés » et participent ainsi à la modernité, en étant de fait des éléments en mutation qui participent à et de la mutation urbaine.
Enracinés dans le passé, que racontent leurs pierres, ancrés dans le présent par leurs nouveaux usages, ils participent ainsi à projeter vers l’avenir leur environnement et à tout le moins ils permettent aux habitants de mieux s’approprier les mutations en cours.
Loin de fossiliser l’histoire, ils en sont d’utiles et même indispensables acteurs[14].
Par leur propre mutation vers de nouveaux usages, les bâtiments de St Paul et St Joseph accompagneront les formidables mutations en cours de l’ensemble de cet espace que d’aucun qualifient de magique, et il l’est, que constitue le Confluent.
3 – Notre proposition : « Une ville dans la ville »
La proposition que nous développons ci-dessous traduit un objectif central :
Créer, à partir des bâtiments existants et des espaces libérés, un lieu urbain réapproprié par les riverains et au-delà par les lyonnais, un espace vivant et attractif, lieu d’usages multiples et permanents, diurnes et nocturnes, combinaison d’activités culturelles, de loisirs, de production, lieu d’habitat, de vie et d’échanges. Une sorte de Cité créative, unique en son genre.
Nous présenterons successivement :
- le parti pris urbanistique et programmatique
- une méthode de travail appropriée
- comment traiter le nécessaire équilibre financier
En conclusion, nous indiquerons, en quelques mots, en quoi notre projet se veut participer à la création de la ville de demain, entendue comme ville durable.
3.1 Le parti pris urbanistique et programmatique
Ce projet de création d’un nouveau quartier urbain repose sur une idée centrale : aménager l’ensemble de l’espace existant (domaines des anciennes prisons de St Joseph et St Paul auxquels on adjoint la portion de la rue Delandine actuellement insérée entre ces domaines) de telle façon qu’il devienne un « espace à parcourir », ouvert aux déambulations à travers les différentes cours et dessertes transformées en jardins ou espaces publics particuliers.
Cet espace sera jalonné de locaux commerciaux, artisanaux, culturels, associatifs et constituera comme une « ville intérieure », attractive à toute heure, permettant par exemple aux visiteurs arrivant de Perrache de traverser en diagonale la place des archives, et de déambuler dans les dédales de ces deux ilots transformés.
La réalisation de ce projet nécessite de traiter différemment et successivement les rez de chaussée et les étages des actuels bâtiments, sachant que nous proposons la conservation des bâtiments initiaux, à l’exception des ajouts successifs et notamment des éléments ajoutés au cours du 20ème siècle (miradors en béton, remplages en moellons.)
Elaborer une programmation d’ouverture et d’animation des rez de chaussée :
La réussite du projet (y compris sous l’angle financier) suppose que dans un premier temps soit conçu et réalisé un programme d’aménagement des rez de chaussée.
Celui ci doit conduire à offrir des espaces attractifs, qui combineront de façon astucieuse commerces, restaurants, lieux de détente, espaces artisanaux, espaces culturels, lieux publics d’accueil, ces derniers pouvant par exemple être constitués de permanences d’accueil de la mairie d’arrondissement –accueil des nouveaux habitants - mais aussi de la Région, qui aurait ainsi une « vitrine » à proximité de son siège, de l’Europe, qui se verrait enfin gratifiée d’un espace de qualité dans notre agglomération.
Dans cet esprit de RDC animés, attractifs et ouverts sur le futur, un programme pourrait être conçu autour du thème de « l’image ». A cela plusieurs raisons : l’histoire de Lyon, ville du cinéma, l’engouement contemporain pour les nouvelles technologies qui transforment la prise de vue, l’illustration, la reproduction, la diffusion, et les usages de « l’image », la « démocratisation » permise par le numérique, l’attrait de consommateurs pour devenir consom’acteurs, monter eux-mêmes leurs films, travailler leurs vidéos, leurs photos…
Ainsi, et ce programme prendrait particulièrement sa place au sein des RDC des différentes ailes de Saint Paul, pourraient se côtoyer des espaces d’apprentissage, de réalisation, une animation commerciale dédiée à l’image (type FNAC), des lieux d’exposition. Ce lieu serait également ouvert aux expressions et représentations graphiques et picturales, avec là aussi, espaces commerciaux et notamment galeries[15], commerces dédiés, etc.
Ce programme serait complété par l’installation d’une médiathèque, fortement souhaitée aujourd’hui par les habitants du quartier de Lyon-Confluence.
Sachant que des universités se sont dites intéressées par les actuels bâtiments, nous formulons une suggestion architecturale relative à l’aménagement de bâtiments de Saint-Paul : il serait tout à fait possible, et probablement d’une grande qualité esthétique, de construire entre des ailes du bâtiment un ou plusieurs amphithéâtres. Réalisés pourquoi pas en ossature bois, matériau qui se marierait bien avec les matériaux existants, ces amphithéâtres donneraient de l’ampleur au bâtiment existant, offriraient des surfaces utiles appréciables et seraient tout à fait compatibles avec les usages proposés pour les rez de chaussée.
Proposer des usages spécifiques pour les étages des bâtiments :
Les étages des bâtiments, et particulièrement ceux de Saint-joseph, offrent par leurs volumes et leurs surfaces d’importantes possibilités d’aménagement pour des usages tels que : logements, et notamment logement pour étudiants[16], activités tertiaires (bureaux, locaux professionnels pour architectes, bureau d’études et autres professions libérales, sociétés commerciales..), locaux de production (application informatique, par ex.), et ateliers divers dont l’activité nécessite leur proximité du centre urbain.
Les étages peuvent également offrir des surfaces adaptées pour des locaux dédiés à l’enseignement, à la recherche, pour l’aménagement de bibliothèques, etc.
Quelles que soient les activités concernées, on ne saurait suffisamment souligner l’intérêt stratégique du site des anciennes prisons de St Joseph et St Paul :
- Une très bonne desserte en transports en commun : proximité de la gare SNCF de Perrache et du centre d’échanges où convergent métro, tramways, et de très nombreuses lignes de bus.
- Une station de Taxis
- Une liaison pratique avec l’aéroport de Lyon Saint-Exupéry
- Un accès routier aisé, une sortie directe sur le réseau routier et autoroutier, et un parking à proximité
- L’actuel centre ville (place Bellecour) à 10’ à pied !
- Le tout nouveau quartier de Lyon-Confluence, avec notamment le futur siège de la Région[17], à deux stations de tramway
Dans une période où la nécessité de lutter contre le changement climatique va inciter les entreprises et autres activités à s’installer au cœur du tissu urbain, à proximité des transports collectifs, mais aussi des logements, des commerces, des lieux d’échange, de loisirs, des espaces culturels, le site actuel des bâtiments de St Joseph et Saint Paul est tout simplement remarquable ! De ce fait la commercialisation des espaces en locaux, notamment professionnels, pourra faire prévaloir des atouts rarement réunis comme ici.
Cette commercialisation des locaux en étage (vente ou location) sera bien évidemment indépendante de celle des activités des rez de chaussée.
Par cette proposition de « double programmation », nous nous inspirons des démarches qui ont permis aux quartiers anciens et encore existant, notamment à Lyon, d’être porteurs et acteurs d’une réelle urbanité, riche d’usages divers, d’une forte mixité d’activités, de populations. C’est à l’exact opposé d’un urbanisme monofonctionnel ou quasi monofonctionnel qui hélas, a tendance à « réduire » aujourd’hui nos villes à une juxtaposition d’espaces dédiés à telle ou telle fonction, sans souci de la qualité de la vie urbaine !
Nous le répétons : la force de notre projet : c’est bien de contribuer à créer « de la ville », de « l’urbanité ».
Ouvrir cet espace sur son environnement en préservant son identité
Les murs d’enceinte : Que faire des ou avec les murs d’enceinte actuel ? Notre proposition ne consiste pas à les démolir entièrement mais à les araser pour partie et les ouvrir, en créant des passages, des « portes » dont les noms évocateurs renverront soit à l’histoire urbaine, soit à l’histoire des bâtiments, soit aux nouveaux usages. Créer des portes tout en gardant une partie des murs, c’est aussi répondre à la demande de « l’appel à idées » relative à la continuité du bâti, notamment Cours Suchet, c’est aussi faire des « coutures » avec l’existant. C’est enfin un clin d’œil à la culture des traboules lyonnaises et des portes y donnant accès.
Des symboles de l’usage antérieur : Transformer les usages des bâtiments des anciennes prisons ne signifie pas extirper de la mémoire toute trace de leur usage primitif. Nous proposons que deux éléments majeurs soient conservés, comme témoins de la fonction antérieure des bâtiments et de la vie pénitentiaire qui s’y est déroulée :
Le magnifique porche d’entée, actuellement situé au débouché de la rue Quivogne[18] :
Le porche d’entrée….. avec ses trois symboles : le glaive, la balance, l’oiseau de la liberté
Illustration de ce que pourrait être une entrée sur cette « ville dans la ville », ouverte sur des nouveaux usages, passage qui tout à la fois relie et préserve, portes incitant à des découvertes, témoins de l’identité d’un lieu, de son histoire.
Succession de portes et de passages, comme un sas où l’on pénètre en une « Cité », en une sorte de « vieille ville » d’aujourd’hui, mystérieuse et attirante, en un lieu propice à la création, multiple !
…ainsi que le décor de la cour d’honneur de la prison Saint Joseph, constitué de panneaux de terre cuite réalisées par des détenus.[19]
Une architecture favorable à un usage permanent
Les espaces publics, places et placettes, ruelles, passages, joueront un rôle majeur pour l’attractivité et le fonctionnement de ce lieu. Afin d’en favoriser l’usage lors des saisons fraiches et pendant les périodes pluvieuses, ces espaces extérieurs seront autant que possible couverts d’une série de verrières entre les bâtiments, ce qui optimisera le bilan écologique et récréera l’esprit des passages couverts initiés au début du XXème siècle, tout en mettant en valeur l’architecture des façades des bâtiments.
3.2 Méthode de travail proposée
Une mission de préfiguration : La conception et l’accompagnement de la réalisation de ce projet suppose la mise en place d’une gouvernance spécifique : ainsi nous proposons que soit créé, dès le départ, un atelier permanent, sorte d’atelier public qui aura en charge de piloter la conception du projet, d’en assurer la communication et la concertation, ainsi que la conduite de la réalisation.
Compte tenu de la nature du projet, de la nécessité d’associer pour chaque phase les concepteurs, investisseurs, financeurs, et commercialisateurs nécessaires, la conception et la réalisation du projet sera progressive. Nous proposons qu’elle soit conçue par tranches, en partant en priorité de la place des Archives. Cette approche par tranche devrait également permettre de « libérer les imaginations » et de proposer des réalisations innovantes, tant du point de vue de leur aménagement, que de leurs usages.
Un appui technique : Ce projet fera appel à des investisseurs publics et privés et mobilisera un ensemble d’acteurs de statut et de missions forts différents. Il sera dès lors indispensable que la mission de préfiguration puisse s’appuyer sur une équipe technique regroupant des compétences juridiques, urbanistiques et de montage d’opérations.
Une attention particulière sera notamment à apporter au mode de gestion de l’ensemble de cette « cité », mode qui devra notamment garantir le caractère public et ouvert de l’ensemble des cheminements internes (en s’inspirant de la culture des traboules lyonnaises).
Un lien étroit avec la SPLA Lyon-Confluence : Ce projet sera conçu en lien étroit avec la S.P.L.A. Lyon-Confluence : pour optimiser les moyens d’études et d’analyse, pour bénéficier de son savoir faire, notamment en matière de concertation avec les habitants et les associations locales, et surtout pour assurer l’osmose indispensable entre les différents projets et différents quartiers dont les évolutions seront décisif quant à la forme et la qualité urbaine du sud de la presqu’ile, c’est à dire en réalité de l‘entrée sud de Lyon.
3.3 Comment traiter le nécessaire équilibre financier ?
« l’Appel à idées » stipule très clairement que les projets présentés doivent à la fois prendre en compte les attentes de l’Etat vendeur, et offrir toute garantie de viabilité économique.
Pour ce qui concerne le second point, celui de la viabilité économique, il nous parait qu’elle constitue un objectif tout à fait atteignable compte tenu :
- de la nature des projets que nous proposons et qui font largement appel à des investisseurs privés : commerces, restaurants, espaces de loisirs, locaux d’activité,
- du contenu global du projet, qui fera de ce lieu un espace très attractif et recherché,
- de la localisation du site, et plus globalement du dynamisme de l’agglomération lyonnaise
Cet impératif de viabilité économique sera à l’évidence un critère important que ne manquera pas de prendre en compte l’équipe de préfiguration, y compris pour l’agencement et la programmation des différents types d’activités qui in fine seront retenus.
Pour ce qui constitue le premier point, à savoir la prise en compte des attentes de l’Etat vendeur, elle ne pourra en toute logique être satisfaite dans l’immédiat sauf à ce que soit créée une « structure » ad hoc, qui aura à porter la charge de l’acquisition, le temps que les transformations et aménagements qui seront réalisés progressivement, permettent, par des cessions et/ou la perception de loyers, de « rembourser » ce qui constituera, selon l’analyse que l’on peut faire, un prêt ou une dette.
Mais ceci ne doit, en aucun cas, constituer un frein, voir un refus d’examiner une proposition telle que celle que nous soumettons.
En effet, nous ne sommes pas devant un simple acte commercial. Ce qui est en jeu, c’est la création de valeur, au sens fort du terme.
Création de valeur par la mise sur la scène publique d’un patrimoine important, reconnu par tous les spécialistes comme unique en France et probablement au-delà, et par l’appropriation par les lyonnais ou la réappropriation, d’un moment de l’histoire de leur ville, de leur histoire.
Création de valeur par la création de nouveaux espaces, de nouveaux équipements publics, privés, associatifs : chaque fois que se réalisent des investissements de ce type, c’est la richesse de la ville qui augmente, c’est notre patrimoine collectif commun qui se développe, celui que nous utiliserons mais celui aussi que nous léguerons à celles et ceux qui viendront après nous.
La puissance publique, qu’elle soit représentée par l’Etat ou par les collectivités territoriales ne peut ignorer tout cela. Au contraire elle se doit, nous semble t’il, de favoriser la création de valeur collective, qui profite au bien commun et qui en l’occurrence contribuera à créer un beau quartier de ville, lui-même acteur d’une nouvelle urbanité.
Pour conclure …
Ce projet s’inscrit pleinement dans une stratégie de développement urbain durable. Partant des espaces et bâtiments existants, il propose de créer un espace urbain, certes ancré dans l’histoire - il n’existe pas de ville sans passé - mais résolument tourné vers l’avenir, en phase avec les attentes et désirs contemporains :
- d’une ville ouverte, accueillante, ville de mélanges : de cultures, d’activités, de populations,
- d’une ville innovante et créative, en tous domaines : intellectuels, économiques, artistiques
- d’une ville inventive de nouveaux rapports sociaux, de nouveaux modes de vie, qui sauront « ménager » leur environnement, et ainsi préparer le futur en le préservant.
Les sites des anciennes prisons de Perrache, « Lieu Unique et Magique » se prêtent magnifiquement à cette invention de la ville durable, ville de demain. Sachons saisir l’occasion !
Créons « Cité Perrache » !
[1] Membres de la commission Urbanisme/Développement local du Conseil de Quartier de Perrache-Confluence
[2] Période 1825/1827
[3] Terme qui pour nous n’a rien de péjoratif. Ne pas oublier qu’il figure en tant que tel sur le monument aux morts situé place de l’hippodrome, lequel représente de façon stylisée les voutes situées sous la gare de Perrache
[4] Ceci explique qu’encore aujourd’hui, les perrachois parlent de leur quartier comme « d’un village »
[5] Cf. intervention de Jean Michel Leniaud, Directeur d’études à l’EPHE, lors du colloque du CAUE du Rhône le 25 juin 2009
[6] Cf. « LYON Le Confluent », cahiers du patrimoine, N°80, aux éditions « Lieux dits »
[7] ibidem
[8] Baltard, architecte
[9] Louvier, architecte
[10] Op.cité.p.123
[11] Constantin, architecte
[12] Voir à ce propos « Lyon, le Confluent », op.cité, pages 104 à 109
[13] Ces fresques témoignent de l’important travail socio-éducatif réalisé à l’intérieur des établissements pénitentiaires, réalité trop méconnue pour être, surtout aujourd’hui entièrement occultée !
[14] A contrario, combien de villes ne regrettent elles pas aujourd’hui des démolitions faites à la hâte antérieurement et qui désormais les privent de formidables atouts ?
[15] Les galeries qui ont actuellement tendance à quitter la rue Auguste Conte trouveraient là probablement uu lieu attractif pour leur activité
[16] La situation des bâtiments des anciennes prisons est remarquable pour cet usage : proximité de locaux des différentes universités (Lyon I, II, III, Université catholique) et de nombreux établissements d’enseignements supérieurs
[17] Ouverture prévue courant 2010
[18] Photos prises par les auteurs
[19] Panneaux réalisés en 1985 sous la conduite de Wimfried Viet, céramiste, peintre et sculpteur.
Deux annexes :
Annexe 1 :
Nous vous joignons un « croquis d’ambiance » où l’on perçoit à la fois la nécessaire densification des deux ilots (notamment avec les verrières du coté Saint-Joseph et des amphis[1] du coté Saint-Paul) ainsi que l’ouverture vers l’ilot de la gare
Annexe 2 :
Présentation d’un schéma de principe qui fait apparaitre toutes les liaisons possibles : place des archives, le Rhône, quartier Sainte –Blandine….
Remarques :
Montage de l’opération:
Vue la complexité de ce projet, il sera indispensable qu’il soit conçu et porté par une structure « ad hoc », nécessairement mixte (publique/privée), en capacité de mobiliser les capitaux nécessaires (CDC, Banques d’investissement, fond publics y compris européens) et de mettre en place une ingénierie financière qui saura mettre en place les montages adaptés
Principes de participation:
Attachés au principe et idées directrices soutenus dans notre projet, nous n’en sommes pas moins ouverts à l’idée d’une coopération dans le cadre d’un travail collectif qui pourrait réunir, outre des représentants des habitants, des professionnels : urbanistes, paysagistes, sociologues, spécialistes de montages financiers opérateurs… ce qui permettrait d’inventer un processus de conception et de réalisation du projet à la fois novateur et correspondant aux attentes contemporaines de participation.
[1] Ces amphis pourraient avoir différentes affectations : université, cinéma, colloques ,etc..
La Catho envisage son avenir en prisonAprès avoir investi les locaux de l'ancienne gendarmerie de la place Carnot, l'Université catholique de Lyon (Ucly) lorgne désormais sur les anciennes prisons de Perrache (2e). A l'étroit dans ses bâtiments vieillissants de la rue du Plat, la Catho s'apprête à répondre, d'ici à mardi soir, à l'appel à idées lancé par la préfecture du Rhône sur l'avenir des prisons. Une procédure innovante destinée à faire émerger diverses pistes de reconversion pour ces bâtiments du XIXe siècle appartenant à l'Etat. « Si notre projet est retenu, l'université serait acquéreur de la prison Saint-Paul. Cela nous permettrait, tout en conservant une partie du bâti, de construire les 30 000 m2 dont nous avons besoin », indique Michel Quesnel, recteur de l'Ucly. Les architectes lyonnais Garbit et Blondeau, concepteurs du campus de Carnot, ont donc planché sur la création de bâtiments d'enseignement, tout en se penchant sur la reconversion possible de la prison Saint-Joseph. « Il était impossible de dissocier les deux terrains », explique Michel Quesnel, qui imagine autour de son université des logements étudiants, sociaux, haut de gamme et de l'hôtellerie. « Il faut que l'ensemble soit un lieu de décloisonnement humain, une antithèse de ce que représente l'univers carcéral ». Pour acquérir le site de Saint-Paul, évalué à 12,6 millions d'euros par l'Etat, l'université compte sur la vente de ses bâtiments de Bellecour, ses fonds propres et le soutien des collectivités. Selon nos informations, quinze autres projets sérieux sont actuellement à l'étude. « Il s'agit d'architectes, d'urbanistes et de promoteurs de toute l'Europe », indique Eddie Gilles-Di Pierno, président de Patrimoine rhônalpin. Les idées ? « Il y a de tout », précise l'adjoint au maire de Lyon Gilles Buna (Verts), en charge de l'aménagement de la ville. Des opérateurs qui souhaitent tout conserver et d'autres qui ne voudraient reconvertir qu'une partie des lieux ». La préfecture, qui doit clore mardi l'appel à idées, a prévu de présenter les projets retenus le 28 septembre. |
Heureusement, il reste des hommes de bonne volonté. Ainsi le Conseil d'architecture, d'urbanisme et de l'environnement du Rhône (CAUE), la Commission nationale française pour l'Unesco et la section français de l'ONG vouée à la défense du patrimoine Icomos, ont organisé le 25 juin dernier un séminaire portant sur le devenir des prisons de Lyon. Il réunissait architectes et spécialistes du patrimoine, ayant notamment une expérience de reconversion de sites semblables. Car des précédents existent en France, comme à l'étranger (lire plus bas). Après tout, la prestigieuse Ecole nationale d'administration (ENA) ne s'est-elle pas installée à Strasbourg dans une ancienne prison pour femmes ?
Mais ce qu'il ressort surtout de cette journée, c'est d'abord la nécessité de laisser à la porte, avant même d'entamer la moindre réflexion, doctrines et postulats. Lieux de souffrances et de honte, les prisons de Lyon cachèrent aussi derrière leurs hauts murs nombre d'exécutions capitales. Au nom de ce passé, doit-on les condamner à mort à leur tour ou, au contraire, se rappeler qu'elles demeurent des témoins de l'histoire de la ville et des vestiges de ce que fut l'architecture carcérale au XIXe siècle ? Ne devrait-on pas -idée soutenue par la majorité des intervenants- chercher plutôt à leur trouver une nouvelle vocation (logements, bureaux, hôtel, etc.) quitte à procéder à des démolitions partielles pour y parvenir ? Soit tout un processus que résume à merveille le sénateur Yves Dauge, conseiller auprès de l'Unesco : « Mener à bien une telle affaire demandera des années. Mais pourquoi se presser ? Il faut d'abord dégager un projet, lui trouver une légitimité politique et économique, l'articuler ensuite avec le quartier. En aucun cas l'Etat ne peut se débarrasser du problème en fermant et en vendant. Il doit trouver un compromis avec la Ville pour que soit pris en compte les enjeux considérables de ce dossier. »
R.R
A Boston (Etats-Unis), le virage de la reconversion a été bien
négocié : une prison du XIXe siècle a été transformée, en partie,
en hôtel de luxe et en centre hospitalier / AFP
A Boston, l'architecte Wolfgang Rudorf, également présent à ce séminaire lyonnais, a dirigé la reconversion d'une prison construite en 1851 (donc contemporaine des prisons lyonnaises). Les travaux qui ont exigé la démolition partielle du bâti historique ont permis la réalisation d'un vaste espace d'accueil desservant un hôtel de luxe et la construction d'un nouveau centre hospitalier.
Enfin, à Coulommiers (Seine-et-Marne), c'est une petite prison qui a été reconvertie en bibliothèque par l'architecte Béatrice Julien.