Pourquoi "prison" ne doit pas rimer pas avec "destruction"

Publié le par Julien Defillon


Les prisons en France sont, certes, dans un triste état, bien souvent sinistre et morbide. Celles de Saint-Joseph et Saint-Paul ne font pas exception à la règle. Le terme prison fait de plus référence à des souvenirs « peu agréables » de la part des anciens occupants. Le site des prisons de Lyon n'évoque pas forcément une période glorieuse, ni ne fait référence à un évènement marquant qui pourrait alors lui conférer plus facilement ce statut de « lieu de mémoire ». Pourtant ces deux édifices représentent un réel atout architectural et patrimonial pour ce quartier. Il faut également penser au fait qu'une fois désaffectées, il ne s'agira plus de prisons, mais simplement de bâtiments du XIXe siècle d'une grande qualité.


En considérant le besoin de mémoire de l'homme, besoin qui se manifeste par l'existence justement de la notion de patrimoine et de Monument historique, nous pouvons penser que ces bâtiments jouent alors un rôle de signal urbain dans la ville. Ils sont un point de repère spatial, temporel, mais aussi mémoriel et parfois sentimental. Dans un quartier en pleine mutation urbaine, qui tente de conquérir une nouvelle identité, un nouveau paysage, et où l'ampleur du projet est telle, n'est-il pas souhaitable de garder un point de repère comme les prisons de Perrache ?


De par leur architecture, elles permettront de garder un lien temporel avec le passé pour ce quartier qui se veut résolument contemporain. Le jeu des contrastes entre cette architecture nouvelle, et celle issue du siècle de l'Industrie pour les prisons ne sera-t-il pas une richesse et un atout (visuel et artistique) pour ce quartier ? Le choc des rencontres entre modernité et patrimoine bâti plus ancien a souvent permis une valorisation de l'un et de l'autre. De plus, ce patrimoine peut représenter un défi pour les architectes qui devront alors concilier respect de ce dernier et architecture contemporaine de qualité. Il est donc, de ce fait, une réelle source d'inspiration.


L'art s'apparente souvent, en partie, à une rupture et un renouvellement, qui se fonde sur l'existence de ce qu'il y a eu avant. Laisser une trace visible de cet « avant » devient dès lors souhaitable et nécessaire.

La qualité architecturale, tant du point de vue technique de construction et matériaux employés, qu'artistique, est une des raisons qui appellent à sa conservation et à sa transmission. Aujourd'hui, dans une période de crise, l'homme ne possède plus la liberté d'oublier car nous sommes entrés dans une ère de la perte, où du moins dans une ère de la conscience de la possibilité de voir disparaître par les destructions massives, un héritage chargé d'histoire. Alors que le périssable devient d'une banalité pouvant être alarmante, ce qui a perduré devient objet de rareté.


Les exemples d'édifices carcéraux et militaires qui ont été préservés malgré une première idée négative quant à leurs possibilités de reconversion, sont multiples : pour Lyon nous avons le fort Saint-Jean, les Subsistances, le Grenier d'Abondance. On peut également songer à la caserne de Moulins devenu le centre national du costume de scène. Quant aux prisons reconverties, il est possible de prendre pour exemple l'ancienne prison de Coulommiers, devenue bibliothèque municipale ; celle d'Avignon transformée en hôtel de luxe tout comme celle de Cape town en Afrique du Sud ainsi que l'ancienne prison Charles Street à Boston. La vieille prison de Tongres est devenue le Musée de la condition pénitentiaire, tandis que celle de Ljubljana en Slovénie s'est muée en auberge de jeunesse. Cette petite liste d'une suite d'exemples nous prouve qu'il est tout à fait possible de réaménager, dans un programme mêlant réponse à des besoins contemporains et respect du patrimoine, les deux prisons de Lyon.


Locaux d'université ? Bureaux ? Logements ? Musée ? Comment affirmer qu'elles doivent être détruites alors qu'aucune réelle étude de reconversion et de réhabilitation n'a été menée ?

Laissons les prisons de Perrache devenir ce palimpseste qu'est le patrimoine. Donnons-leur la possibilité de voir une nouvelle histoire s'écrire dans leurs murs, dans ce patrimoine qui ne demande qu'à vivre, à perdurer et à se transmettre.


Commenter cet article

Thomas 27/05/2009

Me voila inquiet. Architecte et doctorant sur la question de l'architecture carcérale dans sa dimension vécu lire ceci "Le site des prisons de Lyon n'évoque pas forcément une période glorieuse, ni ne fait référence à un évènement marquant qui pourrait alors lui conférer plus facilement ce statut de « lieu de mémoire »." de la part de personnes censées être dotées de raison m'inquiète et m'afflige.

Oui les prisons de St Paul et St Joseph doivent être sauvegardées pour leurs qualités architecturales mais aussi et avec ce quels ont été. Refuser, afin de se doter des œillères de la bonne conscience, de voir dans ces édifices la réponse qu'une société a souhaité donner à un fait : le crime et le délit, c'est faire preuve d'ignorance. Cela reviendrait à quelques peu à raser l'édifice lui même. Notre société à construit depuis la révolution des édifices en vu d'enfermer ceux que les honnêtes gens ne veulent croiser dans la rue. Le XIX° siècle fut celui de grand débat sur les questions pénitentiaires, la réponse à donner aux délinquants et ces bâtiments sont justement le patrimoine parlant de cette époque d'effervescence, de croyance en une prison réformatrice. Je ne peux que vous inviter à vous renseigner sur ce que vous souhaitez sauvegarder sans en occulter la part sombre mais bien réel. J'ose espérer que si la sauvegarde des bâtiments a lieu on en sauvegardera aussi l'essentiel : sa mémoire.

Cordialement,
Thomas