Dimanche 8 mars 7 08 /03 /Mars 08:32

Les prisons en France sont, certes, dans un triste état, bien souvent sinistre et morbide. Celles de Saint-Joseph et Saint-Paul ne font pas exception à la règle. Le terme prison fait de plus référence à des souvenirs « peu agréables » de la part des anciens occupants. Le site des prisons de Lyon n'évoque pas forcément une période glorieuse, ni ne fait référence à un évènement marquant qui pourrait alors lui conférer plus facilement ce statut de « lieu de mémoire ». Pourtant ces deux édifices représentent un réel atout architectural et patrimonial pour ce quartier. Il faut également penser au fait qu'une fois désaffectées, il ne s'agira plus de prisons, mais simplement de bâtiments du XIXe siècle d'une grande qualité.


En considérant le besoin de mémoire de l'homme, besoin qui se manifeste par l'existence justement de la notion de patrimoine et de Monument historique, nous pouvons penser que ces bâtiments jouent alors un rôle de signal urbain dans la ville. Ils sont un point de repère spatial, temporel, mais aussi mémoriel et parfois sentimental. Dans un quartier en pleine mutation urbaine, qui tente de conquérir une nouvelle identité, un nouveau paysage, et où l'ampleur du projet est telle, n'est-il pas souhaitable de garder un point de repère comme les prisons de Perrache ?


De par leur architecture, elles permettront de garder un lien temporel avec le passé pour ce quartier qui se veut résolument contemporain. Le jeu des contrastes entre cette architecture nouvelle, et celle issue du siècle de l'Industrie pour les prisons ne sera-t-il pas une richesse et un atout (visuel et artistique) pour ce quartier ? Le choc des rencontres entre modernité et patrimoine bâti plus ancien a souvent permis une valorisation de l'un et de l'autre. De plus, ce patrimoine peut représenter un défi pour les architectes qui devront alors concilier respect de ce dernier et architecture contemporaine de qualité. Il est donc, de ce fait, une réelle source d'inspiration.


L'art s'apparente souvent, en partie, à une rupture et un renouvellement, qui se fonde sur l'existence de ce qu'il y a eu avant. Laisser une trace visible de cet « avant » devient dès lors souhaitable et nécessaire.

La qualité architecturale, tant du point de vue technique de construction et matériaux employés, qu'artistique, est une des raisons qui appellent à sa conservation et à sa transmission. Aujourd'hui, dans une période de crise, l'homme ne possède plus la liberté d'oublier car nous sommes entrés dans une ère de la perte, où du moins dans une ère de la conscience de la possibilité de voir disparaître par les destructions massives, un héritage chargé d'histoire. Alors que le périssable devient d'une banalité pouvant être alarmante, ce qui a perduré devient objet de rareté.


Les exemples d'édifices carcéraux et militaires qui ont été préservés malgré une première idée négative quant à leurs possibilités de reconversion, sont multiples : pour Lyon nous avons le fort Saint-Jean, les Subsistances, le Grenier d'Abondance. On peut également songer à la caserne de Moulins devenu le centre national du costume de scène. Quant aux prisons reconverties, il est possible de prendre pour exemple l'ancienne prison de Coulommiers, devenue bibliothèque municipale ; celle d'Avignon transformée en hôtel de luxe tout comme celle de Cape town en Afrique du Sud ainsi que l'ancienne prison Charles Street à Boston. La vieille prison de Tongres est devenue le Musée de la condition pénitentiaire, tandis que celle de Ljubljana en Slovénie s'est muée en auberge de jeunesse. Cette petite liste d'une suite d'exemples nous prouve qu'il est tout à fait possible de réaménager, dans un programme mêlant réponse à des besoins contemporains et respect du patrimoine, les deux prisons de Lyon.


Locaux d'université ? Bureaux ? Logements ? Musée ? Comment affirmer qu'elles doivent être détruites alors qu'aucune réelle étude de reconversion et de réhabilitation n'a été menée ?

Laissons les prisons de Perrache devenir ce palimpseste qu'est le patrimoine. Donnons-leur la possibilité de voir une nouvelle histoire s'écrire dans leurs murs, dans ce patrimoine qui ne demande qu'à vivre, à perdurer et à se transmettre.


Par Julien Defillon
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Revue de presse


Article paru dans le Progrès, le 25 février 2009

 


L’Etat dépose le permis de démolir des prisons de Perrache


Le déménagement des prisons est programmé pour le printemps, mais déjà Saint-Paul et Saint-Joseph font l’objet d’une demande de démolition. Coup de tonnerre pour les défenseurs du patrimoine, même si rien n’est encore scellé

 



Déposée vendredi dernier par le ministère de la Justice, la demande de démolition des prisons perrachoises a fait l’effet d’une bombe parmi les défenseurs du patrimoine. « La situation est grave », analyse Jacques Lasfargues, directeur des musées archéologiques de Fourvière et Saint-Romain-en-Gal.

Suffisamment pour que la Commission régionale du patrimoine et des sites dont il est membre, émette, hier en urgence, une motion demandant au maire de Lyon de surseoir au permis déposé. « Lorsqu’on a appris en octobre dernier que les deux prisons ne seraient pas protégées au titre des monuments historiques, on nous a fait avaler la pilule en soulignant que serait sérieusement étudiée toute possibilité de réutilisation du bâtiment », explique encore Jacques Lasfargues, qui n’hésite pas à parler d’« abus de confiance ».

« Le préfet ne souhaite pas gardienner une prison pour empêcher les gens d’y entrer », analyse, non sans humour, Gilles Buna, délégué à l’Urbanisme, tout en précisant que la Ville ne souhaite pas se porter acquéreur.

L’évaluation des Domaines a, en effet, fixé à 23 millions d’euros au total le site et son bâti. Il est loin le temps où les Subsistances étaient cédées à la collectivité pour l’euro symbolique.

L’adjoint à l’Urbanisme, soucieux de préciser que « déposer un permis de démolir ne veut pas dire démolir », rendra avis - « seulement consultatif » - après les Bâtiments de France.

« Si le maire de Lyon le veut, il peut bloquer le dossier. Et c’est aux architectes des Bâtiments de France de refuser le cas échéant », considère de son côté le directeur des musées de Saint-Romain-en-Gal et Fourvière. Et de faire valoir que les prisons se situent juste en limite du périmètre de l’hôtel Château Perrache, lui protégé.

« Le dépôt du permis de démolir vise avant tout à favoriser la mise en vente du terrain et des bâtiments. Quant au rôle de la Ville, il est d’accompagner le processus auprès d’un éventuel racheteur et trouver ainsi l’issue la plus favorable à une reconversion avec maintien d’éléments patrimoniaux », rassure l’élu, sans cacher qu’« il n’a jamais été question de conserver les prisons dans leur totalité ». « Tout ça n’est qu’un conflit d’intérêt. On veut faire de l’argent dans un secteur bien placé. La valeur patrimoniale, tout le monde s’en fiche », réagit de son côté Eddie di Pierno, président de Patrimoine rhônalpin. L’association compte demander un moratoire de 3 ou 5 ans, pour laisser le temps de la réflexion. Une position également défendue par Régis Neyret, qui en 1998 avait permis l’inscription du site historique de Lyon au Patrimoine de l’UNESCO.

 

Dominique Menvielle



« Suivant la même logique, on va demander la démolition de l’Hôtel-Dieu »

« Aujourd’hui on ne se donne même pas la possibilité du dialogue », tempête Eddie di Pierno, président de Patrimoine Rhônalpin. On nous fait croire qu’il faut aller vite pour des raisons de sécurité, or il n’y a pas d’urgence à démolir puisqu’il n’y a pas de repreneur. On brandit la peur d’un squat des lieux. Or il me semble qu’une prison est ce qu’il y a de plus facile à sécuriser. A moins qu’on y entre comme dans un moulin, mais ce serait inquiétant! Suivant la même logique, on va demander la démolition de l’Hôtel-Dieu car il risque d’être squatté après le départ des hôpitaux ». Lui réclame d’ores et déjà une ouverture des prisons lors des prochaines Journées du Patrimoine, « car, forcément, la plupart des Lyonnais ne les connaissent pas ».

 




Régis Neyret, Journaliste, éditeur et défenseur du patrimoine : « Faire tomber les murs, pour montrer l’intérêt des bâtiments »


>> Selon vous, les prisons sont à conserver?

En France, on pose toujours le problème du devenir d’un site sur le plan administratif, mais il y a aussi la qualité architecturale. On sait que les deux prisons sont intéressantes. Surtout Saint-Paul, de type panoptique : une tour centrale et six ailes en étoile. Il n’y en a que deux autres de la sorte : la prison de la Santé à Paris et celle de Bordeaux. L’intérêt vient aussi de la qualité de la pierre.

>> Que proposez-vous?

Notre position au sein de l’UCIL (Union des comités d’intérêt locaux) c’est de dire qu’on ne va pas chercher une idée mémorielle. La chance c’est d’être au Confluent. Donnons-nous le temps de réfléchir. En Allemagne, dans des cas semblables - celui d’un bâtiment industriel ou autre, présentant un intérêt - un moratoire de 5 ans est décidé. On gèle et on réfléchit. C’est important car sur la durée les choses évoluent. Ce que nous allons demander, c’est un moratoire de 3 ans.

>> N’est-ce pas trop long?

De toute façon, on est plutôt dans une période en creux, la crise oblige à ralentir. Si l’on prend l’ancienne Ecole nationale des Beaux-arts, qui ne présente pas d’intérêt architectural certes, la Ville a bien décidé d’un moratoire. D’accord, sans le dire, mais elle pourrait très bien le dire.

>> N’y a-t-il pas une tentation légitime de raser Saint-Paul et Saint-Joseph?

Lorsque plus personne n’y sera détenu, il va falloir se sortir de la tête qu’il s’agit de prisons. Il faut pouvoir montrer que les bâtiments sont intéressants. Mais pour cela, il faut que les murs tombent ou au moins, comportent des ouvertures, sinon il n’y aura pas de prise de conscience d’un intérêt.

Ceci dit, tout le monde n’est pas favorable au fait d’ouvrir. Il y a la peur que ce soit squatté. Mais on trouve des formules pour éviter ça. La maison du Chamarier, vide depuis des années, a son gardien : le boulanger (qui,soit dit en passant, fait les meilleures bugnes) est installé en rez-de-chaussée.

>> Pensez-vous que le dossier va traîner?

La Justice a envie de vendre. La Communauté urbaine pourrait être prête à acheter suivant ce que les Domaines fixeront comme prix. Nous ne sommes pas les premiers à être confrontés à ce genre de situation. Reconvertir des prisons en hôtel, en musée, en auberge de jeunesse… Ailleurs, on a su faire.

>> L’université a des vues sur le site.

L’idée d’une utilisation des prisons par l’université, voire pour des logements étudiants, est une possibilité. Avec le plan Pécresse, des moyens vont être alloués. Mais ce qui manque à Lyon, c’est un très grand hôtel de 400 chambres.

 


Propos recueillis par Dominique Menvielle

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