Partager l'article ! Un peu d'Histoire...: Prison Perrache, puis prison Saint-Joseph : La décision de construire une nouvelle prison remonte à 1823. Cependa ...
Baltard était l'architecte du palais de justice de Lyon, de style néoclassique, surnommé « 24 colonnes » (1842). Il a également travaillé comme architecte à Paris. En 1825, il fut chargé des tribunaux et prisons du département de la Seine. Il a aussi réalisé des travaux de restauration dans les prisons de Saint-Lazare (1824-1832) et de Sainte-Pélagie (1824-1831).
Vue à vol d'oiseau de la prison de Lyon, par Baltard (détail)
Après de nombreux rebondissements, l'emplacement final de la future prison est enfin fixée. Elle devait être établie à l'angle est de la presqu'île Perrache, un quartier qui ne souffrait pas d'insalubrité, à la différence des terrains proposés auparavant.
Le 3 juillet 1828, les fondations étaient quasiment terminées, et un peu plus d'un an après, le 27 août 1829 le préfet annonçait que quatre corps de bâtiments étaient élevés et couverts, et que les autres étaient bien avancés. Il indiquait également l'ajout d'un deuxième étage à certains bâtiments qui ne devaient en avoir qu'un seul à l’origine. Dès 1831 la prison commence à accueillir ses détenus.
Mais en 1839, soit huit ans après son ouverture, la prison est déjà surpeuplée. Alors qu'elle fut construite
pour héberger 200 détenus au maximum, il y en avait cette date plus de 350, à tel point que les prisonniers en étaient réduits à dormir dans les couloirs, les vestibules, et même dans les
cachots.
A l'évidence, la construction d'une nouvelle prison s'imposait...
Elévation antérieure et vue cavalière, 1838 (?)
En 1853, Antoine Louviers, architecte du département, présente un projet d'agrandissement de la prison. Elle devait être agrandie à l'intérieur de son enceinte avec le prolongement des quatre bâtiments nord-est, nord-ouest, sud-ouest, et sud-est ; qui ne s'étendaient pas encore jusqu'au mur intérieur du chemin de ronde. Le bâtiment des dettiers devait être surélevé et la démolition de l'atelier de Cloutier était prévue. Le bâtiment des ateliers (bâtiment E) est presque entièrement reconstruit, car on y détruit les galeries et les voûtes afin de gagner en luminosité. Les travaux dureront 2 septembre 1856 à décembre 1857.
Prison Saint-Paul :
Dès 1847, la construction d'une nouvelle prison est envisagée dans le quartier Saint-Paul (d’où elle tirera son nom) à proximité du Palais de Justice. Suite à la proposition du préfet du Rhône, le sénateur Vaïsse, le conseil général décide en 1859 de l'installation de la nouvelle maison d'arrêt dans le quartier de Perrache, dans le voisinage de la prison Saint-Joseph.
C’est Antoine Louviers qui en dessinera les plans les plans en février 1860, et son projet est approuvé par le conseil général des bâtiments civils le 7 avril 1860. L'architecte opte pour un plan radial à six branches. Cette prison est conçue pour 550 détenus répartis entre « sept quartiers » : un pour la pistole ou les payants, un pour les jeunes détenus de toutes catégories, un pour les détenus politiques, un pour les prévenus récidivistes ou dangereux, un pour les prévenus des élites importants, un pour les détenus de tête, et un quartier cellulaire comprenant les cellules de secret, les cellules de punition et celle de sûreté pour les prisonniers les plus dangereux, et celles réservées à des prévenus encore honnêtes et qui demandent de n'être pas mêlés aux criminels.
Projet de A Louvier : plan du rez-de-chaussée, 1860
Le bâtiment central héberge en son rez-de-chaussée la salle centrale de surveillance et les parloirs, et au premier étage se trouve la très belle chapelle divisée en six compartiments qui communiquent avec leur quartier respectif.
Chapelle : vue du chœur, état en 1984
La prison est mise en service en 1865, et en 1882 et peut contenir environ 500 détenus. Par la suite de nombreux travaux d'aménagement seront effectués, en particulier suite à la loi du 5 juin 1875 inscrivant un régime cellulaire pour les prisons départementales. Un dépôt pour les morts et une salle désinfection seront créés, et des cases seront installées dans la « chapelle-école » en 1890.
Au début des années 1910 il y a en moyenne 289 détenus à l'année.
Crédit photographique : Service régional de l'inventaire
Pour aller plus loin concernant la prison Saint-Joseph et la prison Saint-Paul, suivez les liens !
L’Etat dépose le permis de démolir des prisons de Perrache
Déposée vendredi dernier par le ministère de la Justice, la demande de démolition des prisons
perrachoises a fait l’effet d’une bombe parmi les défenseurs du patrimoine. « La situation est grave », analyse Jacques Lasfargues, directeur des musées archéologiques de Fourvière et
Saint-Romain-en-Gal.
Suffisamment pour que la Commission régionale du patrimoine et des sites dont il est membre, émette, hier en urgence, une motion demandant au maire de Lyon de surseoir au permis déposé. « Lorsqu’on a appris en octobre dernier que les deux prisons ne seraient pas protégées au titre des monuments historiques, on nous a fait avaler la pilule en soulignant que serait sérieusement étudiée toute possibilité de réutilisation du bâtiment », explique encore Jacques Lasfargues, qui n’hésite pas à parler d’« abus de confiance ».
« Le préfet ne souhaite pas gardienner une prison pour empêcher les gens d’y entrer », analyse, non sans humour, Gilles Buna, délégué à l’Urbanisme, tout en précisant que la Ville ne souhaite pas se porter acquéreur.
L’évaluation des Domaines a, en effet, fixé à 23 millions d’euros au total le site et son bâti. Il est loin le temps où les Subsistances étaient cédées à la collectivité pour l’euro symbolique.
L’adjoint à l’Urbanisme, soucieux de préciser que « déposer un permis de démolir ne veut pas dire démolir », rendra avis - « seulement consultatif » - après les Bâtiments de France.
« Si le maire de Lyon le veut, il peut bloquer le dossier. Et c’est aux architectes des Bâtiments de France de refuser le cas échéant », considère de son côté le directeur des musées de Saint-Romain-en-Gal et Fourvière. Et de faire valoir que les prisons se situent juste en limite du périmètre de l’hôtel Château Perrache, lui protégé.
Dominique Menvielle
« Suivant la même logique, on va demander la démolition de l’Hôtel-Dieu »
Régis Neyret, Journaliste, éditeur et défenseur du patrimoine : « Faire tomber les murs, pour montrer l’intérêt des bâtiments »
>> Selon vous, les prisons sont à conserver?
En France, on pose toujours le problème du devenir d’un site sur le plan administratif, mais il y a aussi la qualité architecturale. On sait que les deux prisons sont intéressantes. Surtout Saint-Paul, de type panoptique : une tour centrale et six ailes en étoile. Il n’y en a que deux autres de la sorte : la prison de la Santé à Paris et celle de Bordeaux. L’intérêt vient aussi de la qualité de la pierre.
>> Que proposez-vous?
Notre position au sein de l’UCIL (Union des comités d’intérêt locaux) c’est de dire qu’on ne va pas chercher une idée mémorielle. La chance c’est d’être au Confluent. Donnons-nous le temps de réfléchir. En Allemagne, dans des cas semblables - celui d’un bâtiment industriel ou autre, présentant un intérêt - un moratoire de 5 ans est décidé. On gèle et on réfléchit. C’est important car sur la durée les choses évoluent. Ce que nous allons demander, c’est un moratoire de 3 ans.
>> N’est-ce pas trop long?
De toute façon, on est plutôt dans une période en creux, la crise oblige à ralentir. Si l’on prend l’ancienne Ecole nationale des Beaux-arts, qui ne présente pas d’intérêt architectural certes, la Ville a bien décidé d’un moratoire. D’accord, sans le dire, mais elle pourrait très bien le dire.
>> N’y a-t-il pas une tentation légitime de raser Saint-Paul et Saint-Joseph?
Lorsque plus personne n’y sera détenu, il va falloir se sortir de la tête qu’il s’agit de prisons. Il faut pouvoir montrer que les bâtiments sont intéressants. Mais pour cela, il faut que les murs tombent ou au moins, comportent des ouvertures, sinon il n’y aura pas de prise de conscience d’un intérêt.
Ceci dit, tout le monde n’est pas favorable au fait d’ouvrir. Il y a la peur que ce soit squatté. Mais on trouve des formules pour éviter ça. La maison du Chamarier, vide depuis des années, a son gardien : le boulanger (qui,soit dit en passant, fait les meilleures bugnes) est installé en rez-de-chaussée.
>> Pensez-vous que le dossier va traîner?
La Justice a envie de vendre. La Communauté urbaine pourrait être prête à acheter suivant ce que les Domaines fixeront comme prix. Nous ne sommes pas les premiers à être confrontés à ce genre de situation. Reconvertir des prisons en hôtel, en musée, en auberge de jeunesse… Ailleurs, on a su faire.
>> L’université a des vues sur le site.
Propos recueillis par Dominique Menvielle