Lundi 2 mars 1 02 /03 /Mars 19:17
Prison Perrache, puis prison Saint-Joseph :


La décision de construire une nouvelle prison remonte à 1823. Cependant sa construction ne commencera que quatre ans plus tard en 1827. Des divergences d'opinions concernant son futur emplacement ainsi qu'un manque de financement ont été les raisons de ce retardement. Finalement le conseil municipal cède un emplacement d'environ 22 000 m² de terrains appartenant à la ville pour l'édification du nouveau centre de détention. En contrepartie la ville exige qu’aucune participation financière ne lui soit demandée pour la construction. Un concours est créé et treize projets voient le jour, dont quatre attirent l'attention du jury, mais aucun ne satisfait complètement aux conditions posées dans le programme. Le projet de Baltard, s'avère être celui qui se rapproche le plus du but recherché, moyennant quelques modifications.

 

Baltard était l'architecte du palais de justice de Lyon, de style néoclassique, surnommé « 24 colonnes » (1842). Il a également travaillé comme architecte à Paris. En 1825, il fut chargé des tribunaux et prisons du département de la Seine. Il a aussi réalisé des travaux de restauration dans les prisons de Saint-Lazare (1824-1832) et de Sainte-Pélagie (1824-1831).


Vue à vol d'oiseau de la prison de Lyon, par Baltard (détail)

 

Après de nombreux rebondissements, l'emplacement final de la future prison est enfin fixée. Elle devait être établie à l'angle est de la presqu'île Perrache, un quartier qui ne souffrait pas d'insalubrité, à la différence des terrains proposés auparavant.

Le 3 juillet 1828, les fondations étaient quasiment terminées, et un peu plus d'un an après, le 27 août 1829 le préfet annonçait que quatre corps de bâtiments étaient élevés et couverts, et que les autres étaient bien avancés. Il indiquait également l'ajout d'un deuxième étage à certains bâtiments qui ne devaient en avoir qu'un seul à l’origine. Dès 1831 la prison commence à accueillir ses détenus.

Mais en 1839, soit huit ans après son ouverture, la prison est déjà surpeuplée. Alors qu'elle fut construite pour héberger 200 détenus au maximum, il y en avait cette date plus de 350, à tel point que les prisonniers en étaient réduits à dormir dans les couloirs, les vestibules, et même dans les cachots.

A l'évidence, la construction d'une nouvelle prison s'imposait...


Elévation antérieure et vue cavalière, 1838 (?)

 

 

En 1853, Antoine Louviers, architecte du département, présente un projet d'agrandissement de la prison. Elle devait être agrandie à l'intérieur de son enceinte avec le prolongement des quatre bâtiments nord-est, nord-ouest, sud-ouest, et sud-est ; qui ne s'étendaient pas encore jusqu'au mur intérieur du chemin de ronde. Le bâtiment des dettiers devait être surélevé et la démolition de l'atelier de Cloutier était prévue. Le bâtiment des ateliers (bâtiment E) est presque entièrement reconstruit, car on y détruit les galeries et les voûtes afin de gagner en luminosité. Les travaux dureront 2 septembre 1856 à décembre 1857.

 


Prison Saint-Paul :


 

Dès 1847, la construction d'une nouvelle prison est envisagée dans le quartier Saint-Paul (d’où elle tirera son nom) à proximité du Palais de Justice. Suite à la proposition du préfet du Rhône, le sénateur Vaïsse, le conseil général décide en 1859 de l'installation de la nouvelle maison d'arrêt dans le quartier de Perrache, dans le voisinage de la prison Saint-Joseph.


C’est Antoine Louviers qui en dessinera les plans les plans en février 1860, et son projet est approuvé par le conseil général des bâtiments civils le 7 avril 1860. L'architecte opte pour un plan radial à six branches. Cette prison est conçue pour 550 détenus répartis entre « sept quartiers » : un pour la pistole ou les payants, un pour les jeunes détenus de toutes catégories, un pour les détenus politiques, un pour les prévenus récidivistes ou dangereux, un pour les prévenus des élites importants, un pour les détenus de tête, et un quartier cellulaire comprenant les cellules de secret, les cellules de punition et celle de sûreté pour les prisonniers les plus dangereux, et celles réservées à des prévenus encore honnêtes et qui demandent de n'être pas mêlés aux criminels.


Projet de A Louvier : plan du rez-de-chaussée, 1860



Le bâtiment central héberge en son rez-de-chaussée la salle centrale de surveillance et les parloirs, et au premier étage se trouve la très belle chapelle divisée en six compartiments qui communiquent avec leur quartier respectif.


Chapelle : vue du chœur, état en 1984



La prison est mise en service en 1865, et en 1882 et peut contenir environ 500 détenus. Par la suite de nombreux travaux d'aménagement seront effectués, en particulier suite à la loi du 5 juin 1875 inscrivant un régime cellulaire pour les prisons départementales. Un dépôt pour les morts et une salle désinfection seront créés, et des cases seront installées dans la « chapelle-école » en 1890.

Au début des années 1910 il y a en moyenne 289 détenus à l'année.

 

 


Crédit photographique : Service régional de l'inventaire

 

 

 


Pour aller plus loin concernant la prison Saint-Joseph et la prison Saint-Paul, suivez les liens !

Par Oriane Rebillard
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Revue de presse


Article paru dans le Progrès, le 25 février 2009

 


L’Etat dépose le permis de démolir des prisons de Perrache


Le déménagement des prisons est programmé pour le printemps, mais déjà Saint-Paul et Saint-Joseph font l’objet d’une demande de démolition. Coup de tonnerre pour les défenseurs du patrimoine, même si rien n’est encore scellé

 



Déposée vendredi dernier par le ministère de la Justice, la demande de démolition des prisons perrachoises a fait l’effet d’une bombe parmi les défenseurs du patrimoine. « La situation est grave », analyse Jacques Lasfargues, directeur des musées archéologiques de Fourvière et Saint-Romain-en-Gal.

Suffisamment pour que la Commission régionale du patrimoine et des sites dont il est membre, émette, hier en urgence, une motion demandant au maire de Lyon de surseoir au permis déposé. « Lorsqu’on a appris en octobre dernier que les deux prisons ne seraient pas protégées au titre des monuments historiques, on nous a fait avaler la pilule en soulignant que serait sérieusement étudiée toute possibilité de réutilisation du bâtiment », explique encore Jacques Lasfargues, qui n’hésite pas à parler d’« abus de confiance ».

« Le préfet ne souhaite pas gardienner une prison pour empêcher les gens d’y entrer », analyse, non sans humour, Gilles Buna, délégué à l’Urbanisme, tout en précisant que la Ville ne souhaite pas se porter acquéreur.

L’évaluation des Domaines a, en effet, fixé à 23 millions d’euros au total le site et son bâti. Il est loin le temps où les Subsistances étaient cédées à la collectivité pour l’euro symbolique.

L’adjoint à l’Urbanisme, soucieux de préciser que « déposer un permis de démolir ne veut pas dire démolir », rendra avis - « seulement consultatif » - après les Bâtiments de France.

« Si le maire de Lyon le veut, il peut bloquer le dossier. Et c’est aux architectes des Bâtiments de France de refuser le cas échéant », considère de son côté le directeur des musées de Saint-Romain-en-Gal et Fourvière. Et de faire valoir que les prisons se situent juste en limite du périmètre de l’hôtel Château Perrache, lui protégé.

« Le dépôt du permis de démolir vise avant tout à favoriser la mise en vente du terrain et des bâtiments. Quant au rôle de la Ville, il est d’accompagner le processus auprès d’un éventuel racheteur et trouver ainsi l’issue la plus favorable à une reconversion avec maintien d’éléments patrimoniaux », rassure l’élu, sans cacher qu’« il n’a jamais été question de conserver les prisons dans leur totalité ». « Tout ça n’est qu’un conflit d’intérêt. On veut faire de l’argent dans un secteur bien placé. La valeur patrimoniale, tout le monde s’en fiche », réagit de son côté Eddie di Pierno, président de Patrimoine rhônalpin. L’association compte demander un moratoire de 3 ou 5 ans, pour laisser le temps de la réflexion. Une position également défendue par Régis Neyret, qui en 1998 avait permis l’inscription du site historique de Lyon au Patrimoine de l’UNESCO.

 

Dominique Menvielle



« Suivant la même logique, on va demander la démolition de l’Hôtel-Dieu »

« Aujourd’hui on ne se donne même pas la possibilité du dialogue », tempête Eddie di Pierno, président de Patrimoine Rhônalpin. On nous fait croire qu’il faut aller vite pour des raisons de sécurité, or il n’y a pas d’urgence à démolir puisqu’il n’y a pas de repreneur. On brandit la peur d’un squat des lieux. Or il me semble qu’une prison est ce qu’il y a de plus facile à sécuriser. A moins qu’on y entre comme dans un moulin, mais ce serait inquiétant! Suivant la même logique, on va demander la démolition de l’Hôtel-Dieu car il risque d’être squatté après le départ des hôpitaux ». Lui réclame d’ores et déjà une ouverture des prisons lors des prochaines Journées du Patrimoine, « car, forcément, la plupart des Lyonnais ne les connaissent pas ».

 




Régis Neyret, Journaliste, éditeur et défenseur du patrimoine : « Faire tomber les murs, pour montrer l’intérêt des bâtiments »


>> Selon vous, les prisons sont à conserver?

En France, on pose toujours le problème du devenir d’un site sur le plan administratif, mais il y a aussi la qualité architecturale. On sait que les deux prisons sont intéressantes. Surtout Saint-Paul, de type panoptique : une tour centrale et six ailes en étoile. Il n’y en a que deux autres de la sorte : la prison de la Santé à Paris et celle de Bordeaux. L’intérêt vient aussi de la qualité de la pierre.

>> Que proposez-vous?

Notre position au sein de l’UCIL (Union des comités d’intérêt locaux) c’est de dire qu’on ne va pas chercher une idée mémorielle. La chance c’est d’être au Confluent. Donnons-nous le temps de réfléchir. En Allemagne, dans des cas semblables - celui d’un bâtiment industriel ou autre, présentant un intérêt - un moratoire de 5 ans est décidé. On gèle et on réfléchit. C’est important car sur la durée les choses évoluent. Ce que nous allons demander, c’est un moratoire de 3 ans.

>> N’est-ce pas trop long?

De toute façon, on est plutôt dans une période en creux, la crise oblige à ralentir. Si l’on prend l’ancienne Ecole nationale des Beaux-arts, qui ne présente pas d’intérêt architectural certes, la Ville a bien décidé d’un moratoire. D’accord, sans le dire, mais elle pourrait très bien le dire.

>> N’y a-t-il pas une tentation légitime de raser Saint-Paul et Saint-Joseph?

Lorsque plus personne n’y sera détenu, il va falloir se sortir de la tête qu’il s’agit de prisons. Il faut pouvoir montrer que les bâtiments sont intéressants. Mais pour cela, il faut que les murs tombent ou au moins, comportent des ouvertures, sinon il n’y aura pas de prise de conscience d’un intérêt.

Ceci dit, tout le monde n’est pas favorable au fait d’ouvrir. Il y a la peur que ce soit squatté. Mais on trouve des formules pour éviter ça. La maison du Chamarier, vide depuis des années, a son gardien : le boulanger (qui,soit dit en passant, fait les meilleures bugnes) est installé en rez-de-chaussée.

>> Pensez-vous que le dossier va traîner?

La Justice a envie de vendre. La Communauté urbaine pourrait être prête à acheter suivant ce que les Domaines fixeront comme prix. Nous ne sommes pas les premiers à être confrontés à ce genre de situation. Reconvertir des prisons en hôtel, en musée, en auberge de jeunesse… Ailleurs, on a su faire.

>> L’université a des vues sur le site.

L’idée d’une utilisation des prisons par l’université, voire pour des logements étudiants, est une possibilité. Avec le plan Pécresse, des moyens vont être alloués. Mais ce qui manque à Lyon, c’est un très grand hôtel de 400 chambres.

 


Propos recueillis par Dominique Menvielle

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