Mardi 14 avril 2 14 /04 /Avr 15:15

 

 

             Cela fait quelques temps que nous nous militons pour la sauvegarde des prisons de Perrache. Nous avons pu constater que la principale critique faite à l'encontre de ces prisons est liée au large espace qu'elles occupent, qui au vu de leur faible potentiel de réutilisation, devait être employé à l'érection de nouvelles constructions plus « utiles ».

C'est mal connaître ces bâtiments que d'affirmer cela. En effet l'architecture particulière de ces prisons leur offre un large panel de reconversions possibles, comme l'attestent les diverses prisons déjà reconverties.

Nous avons choisi de vous en présenter quelques unes pour argumenter notre position.

Une des plus célèbres est sans doute la prison Charles Street à Boston qui est aujourd'hui un hôtel de luxe. Cette prison, construite en 1851, est devenue le Liberty Hotel avec une capacité de 300 chambres grâce à un projet du cabinet d'architectes Ann Beha Architects.

 

La transformation en hôtel est souvent le type de reconversion choisi. En effet, la disposition des cellules des prisonniers permet la mutation de l'ancien bâtiment carcéral en hôtel, en les transformant (avec la possibilité de rassembler plusieurs cellules) en chambres.

C'est pourquoi de nombreux établissements pénitentiaires deviennent alors des hôtels : L'hôtel Katajanokka, ancienne prison de Helsinki (avec un plan en croix grecque) est devenu un hôtel lui aussi de catégorie supérieure. De même qu'à Lucerne, un bâtiment élevé en 1862, ancienne prison située dans la partie ancienne de la ville, est lui aussi devenu un hôtel où les fenêtres ont même conservé leurs barreaux ! L'hôtel Malmaison à Oxford témoigne encore des possibilités de reconversion.

Un exemple plus proche de nous se trouve à Avignon où l'ancienne prison Sainte-Anne a été achetée par la Ville qui projette d'y implanter un hôtel 4 étoiles.

 

Beaucoup sont également reconverties en auberge de jeunesse. La reconversion semble alors encore plus aisée si l'on choisit de garder le principe de petites chambres individuelles.

The Jail, ancienne prison à Mount Gambier en Australie peut être cité en exemple, de même que le Langholmen Hotel situé au cœur de Stockholm. Bâti dans la première moitié du XIXe siècle, cette prison est devenue un hôtel en 1989 ; elle abrite également un musée.

 

 

Mais les prisons peuvent aussi connaître un autre type de reconversion. Nous avions déjà cité dans un précédant article, l'ancienne prison de Coulommiers devenue une bibliothèque municipale. La prison fut désaffectée en 1969, puis en 1978 la ville l'acheta pour y installer sa bibliothèque. D'une taille bien plus modeste, mais également d'une esthétique architecturale certes intéressante et importante mais moindre que celles de Lyon, cette ancienne prison (où même une partie du mur d'enceinte fut conservé) prouve l'apport urbain (et esthétique) que peut apporter une reconversion en centre urbain.

Le centre culturel est également une nouvelle destination que l'on retrouve souvent quand on étudie les prisons reconverties. Aux Bahamas une ancienne prison est devenue le Historical Library Museum, les détenus ayant été remplacés par des livres. En Irlande la prison de Kilmainham, construite sur un plan panoptique, a été abandonnée durant plusieurs années. Elle fut restaurée et est actuellement un musée sur l'histoire du nationalisme irlandais.

L'ancien pénitencier de Valère abrite désormais lui aussi un musée.

Mais attardons nous sur un exemple bien plus proche, la prison Montluc à Lyon. Cet édifice, d'un intérêt architectural moins important que celui de Saint Joseph et Saint Paul va avoir le droit à une reconversion pour abriter des logements étudiants et des locaux pour l'université Lyon III ; des cellules et d'autres lieux tel que « le mur des fusillés » seront conservés en tant que lieux de mémoire.

Il est étonnant de voir qu'ici personne ne s'est offusqué que nous souhaitionsconserver cette « souffrance », critique qui nous parvient régulièrement quant à l'idée de sauvegarder les prisons de Saint-Joseph et Saint-Paul. Cela reviendrait-il à dire que Saint-Joseph et Saint-Paul ont manqué d'un nom célèbre (ou du moins un « bon nom ») pour mériter un droit à la survie ? Un Bâtiment ne peut-il perdurer à travers le temps que lorsque son histoire est associée à des personnages illustres ? (Notons que cela reviendrait à ne pas tenir compte des deux architectes des prisons, également grands personnages dans l'histoire de l'architecture). De plus à cette accusation concernant la commémoration d'un passé marqué par la souffrance, nous répondrons qu'à l'institut d'Etudes Politiques de Lyon au Centre Berthelot, des cachots ont été reconvertis en salles de cours. Nous rappellerons juste que la Gestapo s'était installée dans les locaux durant l'occupation de la zone libre en 1943 et que des actes de tortures y ont eu lieu... Ce n'est pas la souffrance que nous voulons conserver, mais uniquement des bâtiments à l'architecture intéressante.

 

Pourtant les idées sont nombreuses, locaux universitaires et logements étudiants comme à Montluc ; hôtels, bureaux, locaux pour les Archives municipales (situées en face et qui vont bientôt manquer d'espace,) restaurants, bibliothèque municipale (qui manque cruellement dans ce quartier), ou même pourquoi pas un espace culturel avec musées, espaces d'exposition, boutiques etc.

Des étudiants en 4ème année à  l'Ecole Supérieure d'Architecture Intérieure de Lyon (ESAIL) avait travaillé sur des projets de reconversion pour Saint-Paul en 2007-2008

Nous les avons contactés et certains ont accepté de nous envoyer leurs projets. Voici donc pour exemple :

Le projet de Mademoiselle Hetty Rodriguez (he_tty@hotmail.fr)

 

Un casino !

 

 

 

 

 

 

 

 

Et ceux de Ludivine Carminati, Bérénice l'Herbette et Déana Moerman : une reconversion en unité d'habitation ! (berenice.lherbette@hotmail.fr)

 

 

 

 

 

 

 

Avec une étude personnelle cette fois-ci pour un intérieur de Bérénice l'Herbette :

 

 

 

De beaux projets, intéressants et qui sont bel et bien la preuve que ces prisons ont un véritable potentiel de réhabilitation. Ces édifices pourraient donc largement permettre d'embellir ce quartier en répondant de plus à une adaptation aux besoins des habitants.

De plus, n'oublions pas qu'il y a non pas une, mais deux prisons, et qu'elles pourraient avoir une réhabilitation diférente l'une de l'autre.

 

Nous adressons tous nos remerciements à ces étudiants de talents, et si d'autres personnes sont intéressées pour que nous publiions sur notre site leurs projets de reconversions, afin de montrer que, oui, tout est possible, et que ces prisons méritent d'être conservées, qu'ils n'hésitent pas !

 

 

Par Julien Defillon
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  • : Bienvenue sur notre blog consacré au sauvetage des prisons Saint Paul et Saint Joseph, situées dans le quartier Perrache à Lyon, et actuellement menacées de destruction.
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Revue de presse


Article paru dans le Progrès, le 25 février 2009

 


L’Etat dépose le permis de démolir des prisons de Perrache


Le déménagement des prisons est programmé pour le printemps, mais déjà Saint-Paul et Saint-Joseph font l’objet d’une demande de démolition. Coup de tonnerre pour les défenseurs du patrimoine, même si rien n’est encore scellé

 



Déposée vendredi dernier par le ministère de la Justice, la demande de démolition des prisons perrachoises a fait l’effet d’une bombe parmi les défenseurs du patrimoine. « La situation est grave », analyse Jacques Lasfargues, directeur des musées archéologiques de Fourvière et Saint-Romain-en-Gal.

Suffisamment pour que la Commission régionale du patrimoine et des sites dont il est membre, émette, hier en urgence, une motion demandant au maire de Lyon de surseoir au permis déposé. « Lorsqu’on a appris en octobre dernier que les deux prisons ne seraient pas protégées au titre des monuments historiques, on nous a fait avaler la pilule en soulignant que serait sérieusement étudiée toute possibilité de réutilisation du bâtiment », explique encore Jacques Lasfargues, qui n’hésite pas à parler d’« abus de confiance ».

« Le préfet ne souhaite pas gardienner une prison pour empêcher les gens d’y entrer », analyse, non sans humour, Gilles Buna, délégué à l’Urbanisme, tout en précisant que la Ville ne souhaite pas se porter acquéreur.

L’évaluation des Domaines a, en effet, fixé à 23 millions d’euros au total le site et son bâti. Il est loin le temps où les Subsistances étaient cédées à la collectivité pour l’euro symbolique.

L’adjoint à l’Urbanisme, soucieux de préciser que « déposer un permis de démolir ne veut pas dire démolir », rendra avis - « seulement consultatif » - après les Bâtiments de France.

« Si le maire de Lyon le veut, il peut bloquer le dossier. Et c’est aux architectes des Bâtiments de France de refuser le cas échéant », considère de son côté le directeur des musées de Saint-Romain-en-Gal et Fourvière. Et de faire valoir que les prisons se situent juste en limite du périmètre de l’hôtel Château Perrache, lui protégé.

« Le dépôt du permis de démolir vise avant tout à favoriser la mise en vente du terrain et des bâtiments. Quant au rôle de la Ville, il est d’accompagner le processus auprès d’un éventuel racheteur et trouver ainsi l’issue la plus favorable à une reconversion avec maintien d’éléments patrimoniaux », rassure l’élu, sans cacher qu’« il n’a jamais été question de conserver les prisons dans leur totalité ». « Tout ça n’est qu’un conflit d’intérêt. On veut faire de l’argent dans un secteur bien placé. La valeur patrimoniale, tout le monde s’en fiche », réagit de son côté Eddie di Pierno, président de Patrimoine rhônalpin. L’association compte demander un moratoire de 3 ou 5 ans, pour laisser le temps de la réflexion. Une position également défendue par Régis Neyret, qui en 1998 avait permis l’inscription du site historique de Lyon au Patrimoine de l’UNESCO.

 

Dominique Menvielle



« Suivant la même logique, on va demander la démolition de l’Hôtel-Dieu »

« Aujourd’hui on ne se donne même pas la possibilité du dialogue », tempête Eddie di Pierno, président de Patrimoine Rhônalpin. On nous fait croire qu’il faut aller vite pour des raisons de sécurité, or il n’y a pas d’urgence à démolir puisqu’il n’y a pas de repreneur. On brandit la peur d’un squat des lieux. Or il me semble qu’une prison est ce qu’il y a de plus facile à sécuriser. A moins qu’on y entre comme dans un moulin, mais ce serait inquiétant! Suivant la même logique, on va demander la démolition de l’Hôtel-Dieu car il risque d’être squatté après le départ des hôpitaux ». Lui réclame d’ores et déjà une ouverture des prisons lors des prochaines Journées du Patrimoine, « car, forcément, la plupart des Lyonnais ne les connaissent pas ».

 




Régis Neyret, Journaliste, éditeur et défenseur du patrimoine : « Faire tomber les murs, pour montrer l’intérêt des bâtiments »


>> Selon vous, les prisons sont à conserver?

En France, on pose toujours le problème du devenir d’un site sur le plan administratif, mais il y a aussi la qualité architecturale. On sait que les deux prisons sont intéressantes. Surtout Saint-Paul, de type panoptique : une tour centrale et six ailes en étoile. Il n’y en a que deux autres de la sorte : la prison de la Santé à Paris et celle de Bordeaux. L’intérêt vient aussi de la qualité de la pierre.

>> Que proposez-vous?

Notre position au sein de l’UCIL (Union des comités d’intérêt locaux) c’est de dire qu’on ne va pas chercher une idée mémorielle. La chance c’est d’être au Confluent. Donnons-nous le temps de réfléchir. En Allemagne, dans des cas semblables - celui d’un bâtiment industriel ou autre, présentant un intérêt - un moratoire de 5 ans est décidé. On gèle et on réfléchit. C’est important car sur la durée les choses évoluent. Ce que nous allons demander, c’est un moratoire de 3 ans.

>> N’est-ce pas trop long?

De toute façon, on est plutôt dans une période en creux, la crise oblige à ralentir. Si l’on prend l’ancienne Ecole nationale des Beaux-arts, qui ne présente pas d’intérêt architectural certes, la Ville a bien décidé d’un moratoire. D’accord, sans le dire, mais elle pourrait très bien le dire.

>> N’y a-t-il pas une tentation légitime de raser Saint-Paul et Saint-Joseph?

Lorsque plus personne n’y sera détenu, il va falloir se sortir de la tête qu’il s’agit de prisons. Il faut pouvoir montrer que les bâtiments sont intéressants. Mais pour cela, il faut que les murs tombent ou au moins, comportent des ouvertures, sinon il n’y aura pas de prise de conscience d’un intérêt.

Ceci dit, tout le monde n’est pas favorable au fait d’ouvrir. Il y a la peur que ce soit squatté. Mais on trouve des formules pour éviter ça. La maison du Chamarier, vide depuis des années, a son gardien : le boulanger (qui,soit dit en passant, fait les meilleures bugnes) est installé en rez-de-chaussée.

>> Pensez-vous que le dossier va traîner?

La Justice a envie de vendre. La Communauté urbaine pourrait être prête à acheter suivant ce que les Domaines fixeront comme prix. Nous ne sommes pas les premiers à être confrontés à ce genre de situation. Reconvertir des prisons en hôtel, en musée, en auberge de jeunesse… Ailleurs, on a su faire.

>> L’université a des vues sur le site.

L’idée d’une utilisation des prisons par l’université, voire pour des logements étudiants, est une possibilité. Avec le plan Pécresse, des moyens vont être alloués. Mais ce qui manque à Lyon, c’est un très grand hôtel de 400 chambres.

 


Propos recueillis par Dominique Menvielle

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