Reconversion des prisons : possibilités multiples

Publié le par Julien Defillon

 

 

             Cela fait quelques temps que nous nous militons pour la sauvegarde des prisons de Perrache. Nous avons pu constater que la principale critique faite à l'encontre de ces prisons est liée au large espace qu'elles occupent, qui au vu de leur faible potentiel de réutilisation, devait être employé à l'érection de nouvelles constructions plus « utiles ».

C'est mal connaître ces bâtiments que d'affirmer cela. En effet l'architecture particulière de ces prisons leur offre un large panel de reconversions possibles, comme l'attestent les diverses prisons déjà reconverties.

Nous avons choisi de vous en présenter quelques unes pour argumenter notre position.

Une des plus célèbres est sans doute la prison Charles Street à Boston qui est aujourd'hui un hôtel de luxe. Cette prison, construite en 1851, est devenue le Liberty Hotel avec une capacité de 300 chambres grâce à un projet du cabinet d'architectes Ann Beha Architects.

 

La transformation en hôtel est souvent le type de reconversion choisi. En effet, la disposition des cellules des prisonniers permet la mutation de l'ancien bâtiment carcéral en hôtel, en les transformant (avec la possibilité de rassembler plusieurs cellules) en chambres.

C'est pourquoi de nombreux établissements pénitentiaires deviennent alors des hôtels : L'hôtel Katajanokka, ancienne prison de Helsinki (avec un plan en croix grecque) est devenu un hôtel lui aussi de catégorie supérieure. De même qu'à Lucerne, un bâtiment élevé en 1862, ancienne prison située dans la partie ancienne de la ville, est lui aussi devenu un hôtel où les fenêtres ont même conservé leurs barreaux ! L'hôtel Malmaison à Oxford témoigne encore des possibilités de reconversion.

Un exemple plus proche de nous se trouve à Avignon où l'ancienne prison Sainte-Anne a été achetée par la Ville qui projette d'y implanter un hôtel 4 étoiles.

 

Beaucoup sont également reconverties en auberge de jeunesse. La reconversion semble alors encore plus aisée si l'on choisit de garder le principe de petites chambres individuelles.

The Jail, ancienne prison à Mount Gambier en Australie peut être cité en exemple, de même que le Langholmen Hotel situé au cœur de Stockholm. Bâti dans la première moitié du XIXe siècle, cette prison est devenue un hôtel en 1989 ; elle abrite également un musée.

 

 

Mais les prisons peuvent aussi connaître un autre type de reconversion. Nous avions déjà cité dans un précédant article, l'ancienne prison de Coulommiers devenue une bibliothèque municipale. La prison fut désaffectée en 1969, puis en 1978 la ville l'acheta pour y installer sa bibliothèque. D'une taille bien plus modeste, mais également d'une esthétique architecturale certes intéressante et importante mais moindre que celles de Lyon, cette ancienne prison (où même une partie du mur d'enceinte fut conservé) prouve l'apport urbain (et esthétique) que peut apporter une reconversion en centre urbain.

Le centre culturel est également une nouvelle destination que l'on retrouve souvent quand on étudie les prisons reconverties. Aux Bahamas une ancienne prison est devenue le Historical Library Museum, les détenus ayant été remplacés par des livres. En Irlande la prison de Kilmainham, construite sur un plan panoptique, a été abandonnée durant plusieurs années. Elle fut restaurée et est actuellement un musée sur l'histoire du nationalisme irlandais.

L'ancien pénitencier de Valère abrite désormais lui aussi un musée.

Mais attardons nous sur un exemple bien plus proche, la prison Montluc à Lyon. Cet édifice, d'un intérêt architectural moins important que celui de Saint Joseph et Saint Paul va avoir le droit à une reconversion pour abriter des logements étudiants et des locaux pour l'université Lyon III ; des cellules et d'autres lieux tel que « le mur des fusillés » seront conservés en tant que lieux de mémoire.

Il est étonnant de voir qu'ici personne ne s'est offusqué que nous souhaitionsconserver cette « souffrance », critique qui nous parvient régulièrement quant à l'idée de sauvegarder les prisons de Saint-Joseph et Saint-Paul. Cela reviendrait-il à dire que Saint-Joseph et Saint-Paul ont manqué d'un nom célèbre (ou du moins un « bon nom ») pour mériter un droit à la survie ? Un Bâtiment ne peut-il perdurer à travers le temps que lorsque son histoire est associée à des personnages illustres ? (Notons que cela reviendrait à ne pas tenir compte des deux architectes des prisons, également grands personnages dans l'histoire de l'architecture). De plus à cette accusation concernant la commémoration d'un passé marqué par la souffrance, nous répondrons qu'à l'institut d'Etudes Politiques de Lyon au Centre Berthelot, des cachots ont été reconvertis en salles de cours. Nous rappellerons juste que la Gestapo s'était installée dans les locaux durant l'occupation de la zone libre en 1943 et que des actes de tortures y ont eu lieu... Ce n'est pas la souffrance que nous voulons conserver, mais uniquement des bâtiments à l'architecture intéressante.

 

Pourtant les idées sont nombreuses, locaux universitaires et logements étudiants comme à Montluc ; hôtels, bureaux, locaux pour les Archives municipales (situées en face et qui vont bientôt manquer d'espace,) restaurants, bibliothèque municipale (qui manque cruellement dans ce quartier), ou même pourquoi pas un espace culturel avec musées, espaces d'exposition, boutiques etc.

Des étudiants en 4ème année à  l'Ecole Supérieure d'Architecture Intérieure de Lyon (ESAIL) avait travaillé sur des projets de reconversion pour Saint-Paul en 2007-2008

Nous les avons contactés et certains ont accepté de nous envoyer leurs projets. Voici donc pour exemple :

Le projet de Mademoiselle Hetty Rodriguez (he_tty@hotmail.fr)

 

Un casino !

 

 

 

 

 

 

 

 

Et ceux de Ludivine Carminati, Bérénice l'Herbette et Déana Moerman : une reconversion en unité d'habitation ! (berenice.lherbette@hotmail.fr)

 

 

 

 

 

 

 

Avec une étude personnelle cette fois-ci pour un intérieur de Bérénice l'Herbette :

 

 

 

De beaux projets, intéressants et qui sont bel et bien la preuve que ces prisons ont un véritable potentiel de réhabilitation. Ces édifices pourraient donc largement permettre d'embellir ce quartier en répondant de plus à une adaptation aux besoins des habitants.

De plus, n'oublions pas qu'il y a non pas une, mais deux prisons, et qu'elles pourraient avoir une réhabilitation diférente l'une de l'autre.

 

Nous adressons tous nos remerciements à ces étudiants de talents, et si d'autres personnes sont intéressées pour que nous publiions sur notre site leurs projets de reconversions, afin de montrer que, oui, tout est possible, et que ces prisons méritent d'être conservées, qu'ils n'hésitent pas !

 

 

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