Compte rendu de la journée d'étude du 25 juin 2009

Publié le par Oriane Rebillard et Julien Defillon

Comme nous l'avions dit, voici le compte-rendu de la journée du 25 juin 2009 qui s'est tenue au fort Saint-Jean, avec comme thème "Quel evenir pour les prisons de Lyon Saint-Joseph et Saint-Paul ?"

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L’introduction a commencé avec la présentation de Michèle Prats, vice-présidente d’ICOMOS France qui explique que ces prisons sont un lieu symbolique et stratégique. Elles ne sont pas protégées mais les deux ministères ont signés une charte pour respecter le patrimoine des prisons historiques, c’est donc une première reconnaissance de ce patrimoine. Madame Prats rappelle qu’il est nécessaire de s’inscrire dans une démarche alliant le respect du bâti et le développement durable, ceci afin de réintégrer le lieu dans la cité et de réhabiliter son image.

Elle conclut en reconnaissant qu’il est dommage que la visite n’ait pas eu lieu, car sans elle c’est un manque d’ancrage dans le réel.

 

Véronique Belle, chercheuse au service régional de l’Inventaire du Patrimoine Culturel fait ensuite une présentation historique et artistique des prisons. Cette intervention a permis à de nombreuses personnes d’origine non lyonnaise de mieux connaître ces deux prisons.

 

Après cette présentation, Maître Ianucci qui représentait les avocats du barreau de Lyon a pris la parole pour rappeler que ces prisons étaient également liéés à l’héritage de la ville. Il a évoqué l’arrestation de Caserio qui fut emprisonné à Lyon, les résistants qui furent également incarcérés et exécutés dans ces prisons par la milice, ainsi que Klaus Barbie qui a été pensionnaire à Saint-Joseph. Ces prisons sont donc un lieu important du point de vue de l’architecture, mais également de l’histoire et de la mémoire. Hugo Iannuci a insisté sur cette mémoire des lyonnais et des avocats qu’il faut préserver, et ne pas au contraire l’oublier en pratiquant la politique de la table rase.

 

L’intervention de monsieur Jean-Michel Leniaud consistait à problématiser la question patrimoniale en s’inscrivant dans une perspective historique. Il expliqua que le patrimoine matériel et immatériel étaient intimement liés. La conservation et la réhabilitation sont fortement unies.  La question de l’avenir des prisons a été évoquée plusieurs fois au Ministère de la Culture qui ne s’en est point ému, et selon Mr Leniaud si le problème n’est pas traité maintenant dans trois ans il sera trop tard. Son discours fut ensuite orienté vers l’Histoire de l’architecture en démontrant que l’histoire des prisons était joint à la Révolution française et au nouveau code pénal qui s’instaura après elle. L’architecture des prisons a évolué : elle a d’abord été une architecture parlante, notamment avec les projets et dessins de Ledoux, où les bâtiments parle représentaient  le pouvoir et instauraient une certaine crainte chez le passant. Baltard a cherché à rendre ces prisons « aimables », plus humaines.

La plus grande réflexion provient des États-Unis avec notamment les théories de Jérémie Bentham. Il y a trois méthodes :               - l'isolement total (Pittsburgh),

- un isolement la nuit et le travail le jour

- une vie en communauté (Philadelphie).

Jean-Michel Leniaud cita ensuite l’exemple de la prison de la petite Roquette en étoile (1826-1836), avec une chapelle au milieu, métaphore de l’œil de Dieu surveillant les prisonniers.

À Lyon, il y a le problème de l'au-delà de voûte : c'est une ville qui n'est pas vraiment dans la ville. Ces prisons représentent une utopie initiale qui a été dépassée au fil du temps : les enjeux d'une époque où l'on venait de supprimer la torture et la répartition des détenus par catégorie.

Il conclut en disant qu’il faudrait une étude anthropologique sur l'impact de prison sur le quartier et les commerçants. Selon lui il convient de s’interroger sur la prise en compte de la valeur mémorielle et affective du lieu. L’immatériel a tendance à disparaître plus vite, la mémoire étant plus volatile.

 

Patrice Beghain prit la parole pour rappeler que l’on tend à aller vers la situation suivante : on ne protégera que ce que l’on peut reconvertir, alors que le processus doit être l’inverse !

Des habitants du quartier firent remarquer qu’un travail sur la mémoire est possible avec ces deux prisons, et qu’il faut faire un travail où l’histoire et le rapport au quartier soit présenté.

Régis Neyret a cherché à nuancer ce propos en rappelant qu’il s’agit d’abord d’un problème matériel. Car le premier objectif doit être de sauver ces prisons d’une démolition.

 

La journée se poursuivit avec l’intervention d’Andréa Bruno, architecte.

Il commença son discours par une phrase très intéressante : la matière est le support de la mémoire en architecture. Il se demanda ensuite jusqu’à quel point il est bien de garder la mémoire des choses « horribles ». Il finira par dire qu’il faut sauvegarder la mémoire, même négative. En prenant l’exemple de la Bastille il démontre que le monument sur la place, la fameuse colonne, n’est pas là pour la mémoire de la prison, mais plus pour commémorer le plaisir de sa destruction. Il présenta ensuite la restauration qu’il a faîte du fort Vauban à Nîmes en expliquant que restaurer c’est changer la qualité de la vie. Il était important de garder un caractère de réversibilité, ce qui selon lui est paradoxal. En effet l’architecture est faite pour être durable, mais si dans l’avenir il y a la volonté d’un retour en arrière, il faut laisser cette possibilité.

Il présenta ensuite différent projet de reconversion des prisons de Turin.

 

C’est ensuite Wolfgang Rudolf architecte également, qui présenta sa reconversion de la Charles Street Jail à Boston.

Pour lui l’objectif était de jouer un rôle utile et actif dans le paysage urbain actuel.

Il présenta ensuite l’historique  du centre de détention ainsi que les différents travaux qui y furent effectués. Il y a eu deux projets d'hôpital et d'hôtel. Une partie ne pouvait servir d'hôpital car les cellules étaient trop petites. Ils ont eu l’autorisation de rétrécir certaines ailes de la prison et de retourner à son plan cruciforme initial, c'est-à-dire dans des proportions plus réduites.

 

 

 

La deuxième partie de la journée commence avec Yves Dauge, sénateur d’Indre-et-Loire et président de l’Association des biens français du patrimoine mondial.

Selon lui les politiques urbaines ont basculé dans un scénario plus politique et relationnel. Il s’agit d’un exercice de planification qu’il faut traduire de manière concrète. Tout au long de son discours il n’a cessé de dire que l’Etat et la Ville devait travailler ensemble et prendre leurs responsabilités afin de pouvoir faire un travail de qualité. Car la première chose à avoir est un maître d’ouvrage, ou du moins à défaut un accord entre les collectivités et l’Etat.

Faire la politique de la table rase serait un recours à la facilité, sachant que ce projet est avant tout un projet politique. Il estime d’ailleurs que si l’on avait un réel accord politique, il ne serait peut-être pas nécessaire de classer les bâtiments. Il faut déboucher sur un cahier des charges très précis pour aller au concours, il faut des processus écrits pour déterminer les rôles.

Il terminera son intervention en disant que ces prisons sont une belle opportunité pour une ville et l’Etat de s’inscrire dans une démarche écrite et que la précipitation de la vente n’est pas acceptable, que l’Etat ne doit pas faire.

 

Patrice Beghain a réagit à cette intervention en faisant remarquer que la légitimation patrimoniale est un élément fort de la symbolique patrimoniale et qu’une protection est donc nécessaire.

 

Une autre personne a fait remarquer un fait plutôt scandaleux qui se serait déroulé dans une des précédente CRPS (commission régional du patrimoine et des sites). En effet durant cette CRPS dont une partie était consacrée aux prisons, le préfet n’aurait pas demandé l’avis des membres de droit, refuser d’engager le débat avec les autres membres de la CRPS, et interdit leur vote, ce qui est totalement contraire au sens même de cette commission…

 

Michèle Prats de prit ensuite la parole.

Elle explique que de tout temps, la ville s’est renouvelée sur elle-même et que c’est un organisme vivant. Mais actuellement il y a une nouvelle donne à prendre en compte : le développement durable. Le patrimoine existant est fait avec des matériaux naturels présentant des atouts : la durabilité et des matériaux que l’on peut transformer. À l'inverse les matériaux modernes ont un impact négatif sur l'environnement. Il conviendrait donc de faire une analyse du coût écologique du bâtiment, ainsi que d’avoir une vision plus globale de ce projet et de l’intégrer dans l’ensemble confluence avec un projet mixte et pluriel.

 

Alain Monferrand, président fondateur de l’association Vauban, présentera ensuite la réhabilitation du Fort de Bard dans le Val d’Aoste. C’est un édifice reconstruit en 1830 qui pouvait héberger 1500 hommes,  avec à ses pieds un bourg de type médiéval. En 1990 il fut annexé au patrimoine régional. Le chantier de reconversion et de restauration fut long et difficile ; il a demandé des efforts importants tant du point de vue financier que de l’effort humain avec un grand déploiement d’hommes. Aujourd'hui il héberge un parc thématique sur les Alpes, un centre d'interprétation du fort et de son histoire, un espace d'exposition temporaire, un espace de concerts en plein air, une bibliothèque, un hôtel, un bookshop...

 

L’architecte Béatrice Jullien présenta ensuite la reconversion qu’elle fit de la prison de Coulommiers. Au début des années 2000 la prison fut reconvertie en bibliothèque municipale avec environ 1000 m² utilisables. Son plan peut être mis en parallèle avec une architecture religieuse, d’où l’idée de la rédemption des prisonniers. La forme des cellules a été gardé des étagères pour les livres y ont été installées. Pour elle, une reconversion démarre avec la question du nouvel usage et du réemploi possible.

 

Jacques Pajot a ensuite présenté sa réhabilitation du 104 à Paris

Le 104 et un centre de création artistique voulue par la Ville de Paris, avec pour objectifs l’organisation d'ateliers avec des responsables de lieux culturels, des architectes et des artistes. Il y a une confrontation des volumes existants permanents. C’est une architecture ouverte et assimilable. Il y a un axe longitudinal et une travée de chaque côté, les espaces ne sont pas figés, nous sommes dans la modularité.

Pour lui, il faut s’adapter au bâtiment : « Quand on a fait l'effort de comprendre comment un bâtiment a été fait la mutation est très facile. Il faut prendre du temps, qu’il y ait une maturation. »

 

 

Conclusion :

Il faut prendre le temps de monter un vrai projet, et créer une réflexion sur les prisons et leurs abords. Six mois sont totalement insuffisants pour une réflexion urbanistique.

Il ne faut pas conserver un signe de l'histoire, mais s'adapter à cette histoire et transformer pour un nouvel usage. Toutes les personnes présentes, quelle que soit leur profession s’accordent sur ce point : la nécessité de prendre le temps ; car à aller trop vite, nous courrons à la catastrophe et à la bêtise. Il faut que l’Etat et les collectivités territoriales acceptent et intègrent leur rôle et qu’elles cessent de fuir en donnant des prétextes fallacieux.

Cette journée a permis de démontrer l’intérêt que les professionnels du patrimoine donnaient à ces bâtiments et des hommes politiques ont soutenu l’idée d’une réhabilitation.

 

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