Que penser du projet retenu pour la reconversion des prisons ?

Publié le par Julien Defillon et Oriane Rebillard

A la surprise générale, le préfet Jacques Gérault a annoncé plus d’un mois à l’avance le nom de l’équipe qui pourrait reconvertir les prisons.

 

Voici donc le dénouement de l’histoire. Nous avons eu peur pour ces prisons, avons échappé de peu à leur disparition et voilà que tout danger semble écarté car elles paraissent désormais sauvées…

 

Vraiment ?

 

Une observation attentive des différentes images disponibles sur la vaste toile d’Internet nous permettra de nous rendre compte qu’en réalité, la préservation du patrimoine bâti à Lyon n’a toujours pas le vent en poupe.

 

On ne peut que se féliciter, dans un premier temps, de constater que l’OPAC du Rhône participe à ce projet, mais il y a fort à parier que les logements sociaux seront situés près de l’autoroute et des voies du chemin de fer. A-t-on donc si peu de respect pour les futurs habitants de ces logements sociaux pour qu’ils soient relégués à l’endroit où les nuisances sonores sont les plus importantes ?

Bien sûr, nous ne pouvons qu’espérer nous tromper sur ce point et croire que les immeubles de l’OPAC et les futurs appartements étudiants seront placés le long, par exemple, du cours Suchet…

 

Quant à la redynamisation du site, le choix de l’université Catholique était certainement excellent, nous ne pouvons qu’applaudir le choix du Préfet. Mais pour apporter un bémol à la liesse générale, on peut quand même se permettre une remarque : le site ne sera-t-il pas quelque peu vide durant les trois mois de pause estivale et les autres périodes de vacances ?

 

Qu’il nous soit permis pour finir d’apporter un certain regard sur les images du projet qui vous ont été offert par la presse.

Les perspectives d’insertion des nouveaux bâtiments sont principalement de nuit, ce qui permet au graphiste de jouer sur la diversité des couleurs de l’éclairage et de livrer ainsi un rendu final bien plus séduisant grâce à cette débauche de couleurs lumineuses. Sans doute une vision de jour eut été moins… agréable à l’œil mais peut-être aussi moins mensongère… Mais après tout n’est ce pas le jeu des dessins d’architectes que de jouer sur les perspectives et les angles de vue ?

Aura-t-on réellement une telle impression de transparence depuis la place des Archives en direction de cette diagonale qui transperce l’ancien rectangle des prisons ?

Il n’est absolument pas possible de lire un véritable dialogue dans ce projet, mais une imposition. L’architecture contemporaine marche sur le patrimoine et l’englobe. Pourtant il eut sans doute été possible de faire tant d’autres choses plus valorisantes pour ces murs centenaires.

 

Un rapide regard sur les différentes images du projet retenu et en particulier sur le plan masse des futures constructions indique clairement que si une partie des bâtiments est certes préservée, les recommandations du cahier des charges ne le sont, elles, pas en totalité.

En effet, la prison Saint-Paul et son plan panoptique est privée de deux de ses six « branches d’étoiles », brisant ainsi une des principales qualités de l’édifice. Il était normalement prévu de conserver les six départs d’escaliers (les débuts de ces branches), ce qui n’est manifestement pas le cas.

On ne peut également que s’étonner de ne pas voir conserver le très beau portail de Saint-Paul, sa porte magistrale avec ses trois médaillons sculptés en bas-relief qui narre la vision carcérale de l’époque (la justice est rendu, le prisonnier paie son dû à la société par son incarcération mais peut après retrouver la liberté). Quant on sait que le projet du groupe Pitch-Promotion avait été revu, après une rencontre avec certains membres de la Commission Lyon-PatrimoineS, les architectes ayant finalement accepté de l’inclure dans le nouveau projet, on ne peut qu’espérer (réclamer ?) qu’il en soit de même avec le projet retenu.

 

Saint-Joseph en revanche voit son architecture bien plus dénaturée. On en viendrait presque à croire que c’est pour cacher le peu d’éléments retenus qu’une image du plan masse n’a pas été communiquée aux journalistes mais seulement diffusée rapidement au journal télévisé. Seuls le bâtiment central de la chapelle, le corps de logis d’entrée, ainsi qu’une seule aile (et une minuscule partie d’une autre) sur les six sont préservés et reconvertis… Par miracle nous voyons apparaître sur les images de ce fameux projet les galeries en pierre qui encadrent la chapelle (heureusement que leur préservation était indiquée dans le cahier des charges).

 

Il est également écrit qu’un des côtés novateurs de ce projet est la seconde peau, réalisée en acier et cuivre, qui viendra à certains endroits recouvrir les façades originales des prisons, ces matériaux modernes résistant mieux aux temps…

Il est étonnant de constater à quel point l’on prend le commun des mortels pour des ignares : Depuis quand la pierre résiste mal au temps ? La ville n’est-elle pas peuplée de bâtiments en pierre qui sont toujours debout après plusieurs siècles ? Surtout lorsque l’on connaît la qualité de la réalisation des prisons, Baltard et Louvier ayant conçu des édifices solides où l’usage de la pierre se veut autant résistant qu’élégant (notamment par la polychromie des pierres utilisées pour Saint-Paul)

 

Alors, à qui la faute ? Qui est responsable de ce projet qui est certainement le meilleur choix parmi tous ceux présentés, mais qui n’est pas assez respectueux du patrimoine bâti ? (On n’ose imaginer à quoi devaient ressembler les projets des autres candidats…)

Sans doute peut-on incriminer « France Domaine », dont le crédo est désormais de rentabiliser à tout prix (en premier lieu sur le dos du patrimoine bâti) ? A cette fameuse crise ? Sans doute à divers éléments qui font que France Domaine a demandé un prix exorbitant pour le site des Prisons et s’est montré intransigeant quant à ce montant, sans aucune possibilité de négociation, et que par conséquent les promoteurs n’ont pas dû pouvoir investir autant d’argent qu’aurait exigé un projet où le patrimoine de ces prisons eut été d’avantage respecté.

 

 

Alors nous voilà accusés, nous les « patrimoniaux », de vouloir vider les caisses d’un Etat déjà appauvri, de vouloir ruiner cette pauvre Ville de Lyon qui n’a naturellement absolument pas les moyens de soutenir les grands projets d’architecture et de patrimoine comme les Prisons (et oserons-nous dire, l’Hôtel-Dieu ?).

On arrache les branches d’étoile à la prison Saint-Paul, on démolie plus de la moitié de Saint-Joseph, et pour achever le tout on cache cela sous le manteau d’une architecture contemporaine qui sur les planches semble bien s’harmonier avec le site, mais… ce ne sont que des vues idéales et idéalisées.

 

 

Tourne le vent du patrimoine, emporte avec toi ce temps désormais révolu où l’on vendait pour un franc symbolique un site à reconvertir. Echappe-toi dans le passé, époque où l’on protégeait grâce à des mesures prévues par la Loi, des bâtiments avant de les réhabiliter.

Sauve-toi dialogue entre les époques de constructions, désormais tu ne sembles plus exister.

Nous nous sommes battus, nous avons vu, espéré, cru… désormais nous ne pouvons plus qu’attendre, surveiller et continuer à dénoncer les aberrations patrimoniales, applaudir et remercier bien sûr quand il le faut (et c’est en partie le cas pour ce projet de reconversion), mais aussi pointer du doigt les incongruités immorales qui touchent nos monuments et notre Histoire, celle de la ville, celle de l’architecture et celle de la société.

 

 

 

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Aurélien 24/04/2013 17:35

http://blogs.mediapart.fr/blog/aurelien-lachaud/240413/lyon-prisons-perrache-les-vraies-raisons-dune-pseudo-reconversion

Eugène Lampion 01/08/2011 17:21


Bonjour
Il y a ici une vidéo qui peut vous intéresser...
à bientôt

Eugène