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Jeudi 25 novembre 4 25 /11 /Nov 23:58

A la surprise générale, le préfet Jacques Gérault a annoncé plus d’un mois à l’avance le nom de l’équipe qui pourrait reconvertir les prisons.

 

Voici donc le dénouement de l’histoire. Nous avons eu peur pour ces prisons, avons échappé de peu à leur disparition et voilà que tout danger semble écarté car elles paraissent désormais sauvées…

 

Vraiment ?

 

Une observation attentive des différentes images disponibles sur la vaste toile d’Internet nous permettra de nous rendre compte qu’en réalité, la préservation du patrimoine bâti à Lyon n’a toujours pas le vent en poupe.

 

On ne peut que se féliciter, dans un premier temps, de constater que l’OPAC du Rhône participe à ce projet, mais il y a fort à parier que les logements sociaux seront situés près de l’autoroute et des voies du chemin de fer. A-t-on donc si peu de respect pour les futurs habitants de ces logements sociaux pour qu’ils soient relégués à l’endroit où les nuisances sonores sont les plus importantes ?

Bien sûr, nous ne pouvons qu’espérer nous tromper sur ce point et croire que les immeubles de l’OPAC et les futurs appartements étudiants seront placés le long, par exemple, du cours Suchet…

 

Quant à la redynamisation du site, le choix de l’université Catholique était certainement excellent, nous ne pouvons qu’applaudir le choix du Préfet. Mais pour apporter un bémol à la liesse générale, on peut quand même se permettre une remarque : le site ne sera-t-il pas quelque peu vide durant les trois mois de pause estivale et les autres périodes de vacances ?

 

Qu’il nous soit permis pour finir d’apporter un certain regard sur les images du projet qui vous ont été offert par la presse.

Les perspectives d’insertion des nouveaux bâtiments sont principalement de nuit, ce qui permet au graphiste de jouer sur la diversité des couleurs de l’éclairage et de livrer ainsi un rendu final bien plus séduisant grâce à cette débauche de couleurs lumineuses. Sans doute une vision de jour eut été moins… agréable à l’œil mais peut-être aussi moins mensongère… Mais après tout n’est ce pas le jeu des dessins d’architectes que de jouer sur les perspectives et les angles de vue ?

Aura-t-on réellement une telle impression de transparence depuis la place des Archives en direction de cette diagonale qui transperce l’ancien rectangle des prisons ?

Il n’est absolument pas possible de lire un véritable dialogue dans ce projet, mais une imposition. L’architecture contemporaine marche sur le patrimoine et l’englobe. Pourtant il eut sans doute été possible de faire tant d’autres choses plus valorisantes pour ces murs centenaires.

 

Un rapide regard sur les différentes images du projet retenu et en particulier sur le plan masse des futures constructions indique clairement que si une partie des bâtiments est certes préservée, les recommandations du cahier des charges ne le sont, elles, pas en totalité.

En effet, la prison Saint-Paul et son plan panoptique est privée de deux de ses six « branches d’étoiles », brisant ainsi une des principales qualités de l’édifice. Il était normalement prévu de conserver les six départs d’escaliers (les débuts de ces branches), ce qui n’est manifestement pas le cas.

On ne peut également que s’étonner de ne pas voir conserver le très beau portail de Saint-Paul, sa porte magistrale avec ses trois médaillons sculptés en bas-relief qui narre la vision carcérale de l’époque (la justice est rendu, le prisonnier paie son dû à la société par son incarcération mais peut après retrouver la liberté). Quant on sait que le projet du groupe Pitch-Promotion avait été revu, après une rencontre avec certains membres de la Commission Lyon-PatrimoineS, les architectes ayant finalement accepté de l’inclure dans le nouveau projet, on ne peut qu’espérer (réclamer ?) qu’il en soit de même avec le projet retenu.

 

Saint-Joseph en revanche voit son architecture bien plus dénaturée. On en viendrait presque à croire que c’est pour cacher le peu d’éléments retenus qu’une image du plan masse n’a pas été communiquée aux journalistes mais seulement diffusée rapidement au journal télévisé. Seuls le bâtiment central de la chapelle, le corps de logis d’entrée, ainsi qu’une seule aile (et une minuscule partie d’une autre) sur les six sont préservés et reconvertis… Par miracle nous voyons apparaître sur les images de ce fameux projet les galeries en pierre qui encadrent la chapelle (heureusement que leur préservation était indiquée dans le cahier des charges).

 

Il est également écrit qu’un des côtés novateurs de ce projet est la seconde peau, réalisée en acier et cuivre, qui viendra à certains endroits recouvrir les façades originales des prisons, ces matériaux modernes résistant mieux aux temps…

Il est étonnant de constater à quel point l’on prend le commun des mortels pour des ignares : Depuis quand la pierre résiste mal au temps ? La ville n’est-elle pas peuplée de bâtiments en pierre qui sont toujours debout après plusieurs siècles ? Surtout lorsque l’on connaît la qualité de la réalisation des prisons, Baltard et Louvier ayant conçu des édifices solides où l’usage de la pierre se veut autant résistant qu’élégant (notamment par la polychromie des pierres utilisées pour Saint-Paul)

 

Alors, à qui la faute ? Qui est responsable de ce projet qui est certainement le meilleur choix parmi tous ceux présentés, mais qui n’est pas assez respectueux du patrimoine bâti ? (On n’ose imaginer à quoi devaient ressembler les projets des autres candidats…)

Sans doute peut-on incriminer « France Domaine », dont le crédo est désormais de rentabiliser à tout prix (en premier lieu sur le dos du patrimoine bâti) ? A cette fameuse crise ? Sans doute à divers éléments qui font que France Domaine a demandé un prix exorbitant pour le site des Prisons et s’est montré intransigeant quant à ce montant, sans aucune possibilité de négociation, et que par conséquent les promoteurs n’ont pas dû pouvoir investir autant d’argent qu’aurait exigé un projet où le patrimoine de ces prisons eut été d’avantage respecté.

 

 

Alors nous voilà accusés, nous les « patrimoniaux », de vouloir vider les caisses d’un Etat déjà appauvri, de vouloir ruiner cette pauvre Ville de Lyon qui n’a naturellement absolument pas les moyens de soutenir les grands projets d’architecture et de patrimoine comme les Prisons (et oserons-nous dire, l’Hôtel-Dieu ?).

On arrache les branches d’étoile à la prison Saint-Paul, on démolie plus de la moitié de Saint-Joseph, et pour achever le tout on cache cela sous le manteau d’une architecture contemporaine qui sur les planches semble bien s’harmonier avec le site, mais… ce ne sont que des vues idéales et idéalisées.

 

 

Tourne le vent du patrimoine, emporte avec toi ce temps désormais révolu où l’on vendait pour un franc symbolique un site à reconvertir. Echappe-toi dans le passé, époque où l’on protégeait grâce à des mesures prévues par la Loi, des bâtiments avant de les réhabiliter.

Sauve-toi dialogue entre les époques de constructions, désormais tu ne sembles plus exister.

Nous nous sommes battus, nous avons vu, espéré, cru… désormais nous ne pouvons plus qu’attendre, surveiller et continuer à dénoncer les aberrations patrimoniales, applaudir et remercier bien sûr quand il le faut (et c’est en partie le cas pour ce projet de reconversion), mais aussi pointer du doigt les incongruités immorales qui touchent nos monuments et notre Histoire, celle de la ville, celle de l’architecture et celle de la société.

 

 

 

Par Julien Defillon et Oriane Rebillard
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  • : Le blog consacré au sauvetage des prisons de Perrache à Lyon
  • : Bienvenue sur notre blog consacré au sauvetage des prisons Saint Paul et Saint Joseph, situées dans le quartier Perrache à Lyon, et actuellement menacées de destruction.
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Revue de presse


Article paru dans le Progrès, le 25 février 2009

 


L’Etat dépose le permis de démolir des prisons de Perrache


Le déménagement des prisons est programmé pour le printemps, mais déjà Saint-Paul et Saint-Joseph font l’objet d’une demande de démolition. Coup de tonnerre pour les défenseurs du patrimoine, même si rien n’est encore scellé

 



Déposée vendredi dernier par le ministère de la Justice, la demande de démolition des prisons perrachoises a fait l’effet d’une bombe parmi les défenseurs du patrimoine. « La situation est grave », analyse Jacques Lasfargues, directeur des musées archéologiques de Fourvière et Saint-Romain-en-Gal.

Suffisamment pour que la Commission régionale du patrimoine et des sites dont il est membre, émette, hier en urgence, une motion demandant au maire de Lyon de surseoir au permis déposé. « Lorsqu’on a appris en octobre dernier que les deux prisons ne seraient pas protégées au titre des monuments historiques, on nous a fait avaler la pilule en soulignant que serait sérieusement étudiée toute possibilité de réutilisation du bâtiment », explique encore Jacques Lasfargues, qui n’hésite pas à parler d’« abus de confiance ».

« Le préfet ne souhaite pas gardienner une prison pour empêcher les gens d’y entrer », analyse, non sans humour, Gilles Buna, délégué à l’Urbanisme, tout en précisant que la Ville ne souhaite pas se porter acquéreur.

L’évaluation des Domaines a, en effet, fixé à 23 millions d’euros au total le site et son bâti. Il est loin le temps où les Subsistances étaient cédées à la collectivité pour l’euro symbolique.

L’adjoint à l’Urbanisme, soucieux de préciser que « déposer un permis de démolir ne veut pas dire démolir », rendra avis - « seulement consultatif » - après les Bâtiments de France.

« Si le maire de Lyon le veut, il peut bloquer le dossier. Et c’est aux architectes des Bâtiments de France de refuser le cas échéant », considère de son côté le directeur des musées de Saint-Romain-en-Gal et Fourvière. Et de faire valoir que les prisons se situent juste en limite du périmètre de l’hôtel Château Perrache, lui protégé.

« Le dépôt du permis de démolir vise avant tout à favoriser la mise en vente du terrain et des bâtiments. Quant au rôle de la Ville, il est d’accompagner le processus auprès d’un éventuel racheteur et trouver ainsi l’issue la plus favorable à une reconversion avec maintien d’éléments patrimoniaux », rassure l’élu, sans cacher qu’« il n’a jamais été question de conserver les prisons dans leur totalité ». « Tout ça n’est qu’un conflit d’intérêt. On veut faire de l’argent dans un secteur bien placé. La valeur patrimoniale, tout le monde s’en fiche », réagit de son côté Eddie di Pierno, président de Patrimoine rhônalpin. L’association compte demander un moratoire de 3 ou 5 ans, pour laisser le temps de la réflexion. Une position également défendue par Régis Neyret, qui en 1998 avait permis l’inscription du site historique de Lyon au Patrimoine de l’UNESCO.

 

Dominique Menvielle



« Suivant la même logique, on va demander la démolition de l’Hôtel-Dieu »

« Aujourd’hui on ne se donne même pas la possibilité du dialogue », tempête Eddie di Pierno, président de Patrimoine Rhônalpin. On nous fait croire qu’il faut aller vite pour des raisons de sécurité, or il n’y a pas d’urgence à démolir puisqu’il n’y a pas de repreneur. On brandit la peur d’un squat des lieux. Or il me semble qu’une prison est ce qu’il y a de plus facile à sécuriser. A moins qu’on y entre comme dans un moulin, mais ce serait inquiétant! Suivant la même logique, on va demander la démolition de l’Hôtel-Dieu car il risque d’être squatté après le départ des hôpitaux ». Lui réclame d’ores et déjà une ouverture des prisons lors des prochaines Journées du Patrimoine, « car, forcément, la plupart des Lyonnais ne les connaissent pas ».

 




Régis Neyret, Journaliste, éditeur et défenseur du patrimoine : « Faire tomber les murs, pour montrer l’intérêt des bâtiments »


>> Selon vous, les prisons sont à conserver?

En France, on pose toujours le problème du devenir d’un site sur le plan administratif, mais il y a aussi la qualité architecturale. On sait que les deux prisons sont intéressantes. Surtout Saint-Paul, de type panoptique : une tour centrale et six ailes en étoile. Il n’y en a que deux autres de la sorte : la prison de la Santé à Paris et celle de Bordeaux. L’intérêt vient aussi de la qualité de la pierre.

>> Que proposez-vous?

Notre position au sein de l’UCIL (Union des comités d’intérêt locaux) c’est de dire qu’on ne va pas chercher une idée mémorielle. La chance c’est d’être au Confluent. Donnons-nous le temps de réfléchir. En Allemagne, dans des cas semblables - celui d’un bâtiment industriel ou autre, présentant un intérêt - un moratoire de 5 ans est décidé. On gèle et on réfléchit. C’est important car sur la durée les choses évoluent. Ce que nous allons demander, c’est un moratoire de 3 ans.

>> N’est-ce pas trop long?

De toute façon, on est plutôt dans une période en creux, la crise oblige à ralentir. Si l’on prend l’ancienne Ecole nationale des Beaux-arts, qui ne présente pas d’intérêt architectural certes, la Ville a bien décidé d’un moratoire. D’accord, sans le dire, mais elle pourrait très bien le dire.

>> N’y a-t-il pas une tentation légitime de raser Saint-Paul et Saint-Joseph?

Lorsque plus personne n’y sera détenu, il va falloir se sortir de la tête qu’il s’agit de prisons. Il faut pouvoir montrer que les bâtiments sont intéressants. Mais pour cela, il faut que les murs tombent ou au moins, comportent des ouvertures, sinon il n’y aura pas de prise de conscience d’un intérêt.

Ceci dit, tout le monde n’est pas favorable au fait d’ouvrir. Il y a la peur que ce soit squatté. Mais on trouve des formules pour éviter ça. La maison du Chamarier, vide depuis des années, a son gardien : le boulanger (qui,soit dit en passant, fait les meilleures bugnes) est installé en rez-de-chaussée.

>> Pensez-vous que le dossier va traîner?

La Justice a envie de vendre. La Communauté urbaine pourrait être prête à acheter suivant ce que les Domaines fixeront comme prix. Nous ne sommes pas les premiers à être confrontés à ce genre de situation. Reconvertir des prisons en hôtel, en musée, en auberge de jeunesse… Ailleurs, on a su faire.

>> L’université a des vues sur le site.

L’idée d’une utilisation des prisons par l’université, voire pour des logements étudiants, est une possibilité. Avec le plan Pécresse, des moyens vont être alloués. Mais ce qui manque à Lyon, c’est un très grand hôtel de 400 chambres.

 


Propos recueillis par Dominique Menvielle

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