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Un sursis. Voilà bien le mot pour décrire ce qui a été accordé aux deux prisons. C'est-à-dire un ajournement, une simple remise à plus tard. Six mois… Six petits mois. Ce laps de temps risque fort de ne pas être suffisant pour mettre en place une véritable étude de reconversion, faire appel à des projets et mobiliser des investisseurs et architectes du patrimoine alors que les bâtiments n’auront toujours pas la protection qu’ils méritent !
De plus, cette période sera celle des vacances estivales, qui est souvent bien mauvaise pour le patrimoine. La rentrée ne sera sans doute pas non plus le bon moment pour que ces prisons aient un nouvel espoir alors que leurs derniers jours s'écouleront. La rentrée ne sera sans doute pas non plus le bon moment pour que ces prisons aient un nouvel espoir alors que leurs derniers jours s’envoleront. Il est peu probable qu’un cahier des charges de qualité puisse être créé en si peu de temps ; surtout s’il doit allier réponses à des besoins contemporains, créativité artistique et respect du patrimoine existant. Si nous demandons une protection, c’est bel et bien pour laisser le temps de la réflexion à un comité qui sera chargé d’étudier la meilleure des reconversions possible !
Si l’Etat s‘intéressait réellement à la sauvegarde du patrimoine, le ministère de la Justice n’aurait-il pas baissé ses prix de vente ? Il est très clair qu’une telle somme (23 millions d’euros !!!) ne peut que faire fuir tout investisseur, même si celui-ci se montre le plus révérencieux possible à l’égard de ces édifices.
Tant que l’Etat ne fera pas un geste en baissant ce prix, et en laissant un délai plus grand, ces prisons resteront sous la menace d’une démolition. Emportant ainsi à jamais ce patrimoine architectural.
En effet, si en septembre aucun investisseur ne s’était toujours présenté, une nouvelle demande de permis de démolir serait déposée.
Bien sûr une protection peut effrayer les investisseurs car elle engendre plus de « contraintes » (ce terme signifie en réalité un plus grand respect pour le bâti…). Nous en sommes conscients. Aussi nous nous pensons qu'un délai plus long est donc indispensable afin de permettre l'émergence de projets sérieux et réalisable,s qui assureront le respect et la mise en valeur du bâti ayant un intérêt patrimonial ainsi que les possibilités de reconversions.
Dans le cas contraire, cela veut dire que le patrimoine est contraint de se soumettre aux exigences de la promotion immobilière. Les Monuments historique ne seront-ils dorénavant que les miettes jugées intéressantes et rentables? Nous pensons que le patrimoine n'a pas vocation à être rentable. Sa raison d'être est de perdurer, d'être étudié et principalement d'être transmis
Penser que ces six mois permettront une réelle réflexion, ou plutôt le faire croire, c’est mépriser non seulement les acteurs de la défense du patrimoine mais aussi les lyonnais !
L’Etat dépose le permis de démolir des prisons de Perrache
Déposée vendredi dernier par le ministère de la Justice, la demande de démolition des prisons
perrachoises a fait l’effet d’une bombe parmi les défenseurs du patrimoine. « La situation est grave », analyse Jacques Lasfargues, directeur des musées archéologiques de Fourvière et
Saint-Romain-en-Gal.
Suffisamment pour que la Commission régionale du patrimoine et des sites dont il est membre, émette, hier en urgence, une motion demandant au maire de Lyon de surseoir au permis déposé. « Lorsqu’on a appris en octobre dernier que les deux prisons ne seraient pas protégées au titre des monuments historiques, on nous a fait avaler la pilule en soulignant que serait sérieusement étudiée toute possibilité de réutilisation du bâtiment », explique encore Jacques Lasfargues, qui n’hésite pas à parler d’« abus de confiance ».
« Le préfet ne souhaite pas gardienner une prison pour empêcher les gens d’y entrer », analyse, non sans humour, Gilles Buna, délégué à l’Urbanisme, tout en précisant que la Ville ne souhaite pas se porter acquéreur.
L’évaluation des Domaines a, en effet, fixé à 23 millions d’euros au total le site et son bâti. Il est loin le temps où les Subsistances étaient cédées à la collectivité pour l’euro symbolique.
L’adjoint à l’Urbanisme, soucieux de préciser que « déposer un permis de démolir ne veut pas dire démolir », rendra avis - « seulement consultatif » - après les Bâtiments de France.
« Si le maire de Lyon le veut, il peut bloquer le dossier. Et c’est aux architectes des Bâtiments de France de refuser le cas échéant », considère de son côté le directeur des musées de Saint-Romain-en-Gal et Fourvière. Et de faire valoir que les prisons se situent juste en limite du périmètre de l’hôtel Château Perrache, lui protégé.
Dominique Menvielle
« Suivant la même logique, on va demander la démolition de l’Hôtel-Dieu »
Régis Neyret, Journaliste, éditeur et défenseur du patrimoine : « Faire tomber les murs, pour montrer l’intérêt des bâtiments »
>> Selon vous, les prisons sont à conserver?
En France, on pose toujours le problème du devenir d’un site sur le plan administratif, mais il y a aussi la qualité architecturale. On sait que les deux prisons sont intéressantes. Surtout Saint-Paul, de type panoptique : une tour centrale et six ailes en étoile. Il n’y en a que deux autres de la sorte : la prison de la Santé à Paris et celle de Bordeaux. L’intérêt vient aussi de la qualité de la pierre.
>> Que proposez-vous?
Notre position au sein de l’UCIL (Union des comités d’intérêt locaux) c’est de dire qu’on ne va pas chercher une idée mémorielle. La chance c’est d’être au Confluent. Donnons-nous le temps de réfléchir. En Allemagne, dans des cas semblables - celui d’un bâtiment industriel ou autre, présentant un intérêt - un moratoire de 5 ans est décidé. On gèle et on réfléchit. C’est important car sur la durée les choses évoluent. Ce que nous allons demander, c’est un moratoire de 3 ans.
>> N’est-ce pas trop long?
De toute façon, on est plutôt dans une période en creux, la crise oblige à ralentir. Si l’on prend l’ancienne Ecole nationale des Beaux-arts, qui ne présente pas d’intérêt architectural certes, la Ville a bien décidé d’un moratoire. D’accord, sans le dire, mais elle pourrait très bien le dire.
>> N’y a-t-il pas une tentation légitime de raser Saint-Paul et Saint-Joseph?
Lorsque plus personne n’y sera détenu, il va falloir se sortir de la tête qu’il s’agit de prisons. Il faut pouvoir montrer que les bâtiments sont intéressants. Mais pour cela, il faut que les murs tombent ou au moins, comportent des ouvertures, sinon il n’y aura pas de prise de conscience d’un intérêt.
Ceci dit, tout le monde n’est pas favorable au fait d’ouvrir. Il y a la peur que ce soit squatté. Mais on trouve des formules pour éviter ça. La maison du Chamarier, vide depuis des années, a son gardien : le boulanger (qui,soit dit en passant, fait les meilleures bugnes) est installé en rez-de-chaussée.
>> Pensez-vous que le dossier va traîner?
La Justice a envie de vendre. La Communauté urbaine pourrait être prête à acheter suivant ce que les Domaines fixeront comme prix. Nous ne sommes pas les premiers à être confrontés à ce genre de situation. Reconvertir des prisons en hôtel, en musée, en auberge de jeunesse… Ailleurs, on a su faire.
>> L’université a des vues sur le site.
Propos recueillis par Dominique Menvielle